Déconfinement

Voyage aux confins d’un vol d’oiseau, là où nichent les rêves de libertés retrouvées.

Deux mois, les murs de l’appartement. De temps en temps, au moment où la mécanique physiologique réclamait son dû, une sortie jusqu’à l’épicier, le boucher, le primeur. Le plaisir des papilles à chaque repas, l’évasion poétique de la bonne chère midi et soir comme l’ordonnance d’un confinement réussi. La tranquillité morale nécessitait un détour chez le caviste et ses bouteilles tantôt sveltes, tantôt girondes, où languissent encore vins blancs et rouges, bières blondes et brunes. Puis le retour aux quatre murs dans l’attente du prochain ravitaillement. A peine un kilomètre pour délasser ses jambes et sentir quelques minutes le mouvement de son corps repousser la contrainte de l’immobilisme. Malgré les jeux de l’esprit, et les plateformes de streaming, c’est long deux mois. Les dizaines de mètres carrés de cet appartement finissaient par nous oppresser, d’autant plus qu’ils s’arpentaient trop vite dans la lenteur du temps.

Enfin ! Le déconfinement. Nous pouvons prendre notre envol, quitter le nid douillet de ces deux mois inertes. Quand tu habites Rouen, tes ailes se brisent au nord du cercle rouge sur la baie de Somme.

Sur les plages, de part et d’autre de la Bresle fuyant le carcan étroit de son cours pour les largesses océanes, les démarches sont toujours les mêmes. Les corps humides recrachés par l’écume se désarticulent étrangement à chaque pas. Tantôt des paumes ouvertes, tantôt des poings serrés, toujours ronds des caresses de la mer, les galets meurtrissent les pieds nus, hardis, qui se posent sur eux. Comme des pantins improbables, marionnettes qui auraient perdues leurs fils, les baigneurs avancent difficilement jusqu’au rectangle bleu, ou rouge, de leur serviette, maigre tendresse sur la rudesse des galets. Le vent vif, brise fraîche venue du large, fait voleter l’écume sur la crête des vagues et couvre les corps mouillés de chair de poule. L’aisance du père de famille à chaque brasse perd toute sa superbe en dix pas.

Dix pas et le courage de ces premiers baigneurs à braver les eaux froides de la Manche en ce mois de mai s’efface derrière les sourires moqueurs des alanguis. On ne célèbre plus leur témérité, on se gausse des pieds fragiles de ces colosses aux pieds d’argile. Ne reste plus que le regard énamouré de leur progéniture, insensible aux girouettes mentales des adultes, pour que le monde se confonde dans les étoiles de leurs pupilles braquées sur eux. A leurs yeux, le guignol paternel de Mers-les-Bains reste l’homme le plus fort du monde. Les autres n’existent pas.

Depuis plus d’une heure, nous marchons. Sur notre gauche des dunes blondes. Les toupets d’herbes pâles à leur sommet s’agitent dans le vent venu du nord. Sur notre droite, loin, si loin qu’elle en devient une ondulation argentine, un mirage en nappe iridescente avant l’horizon, la mer, certainement bleue. Sous nos pas où s’impose l’empreinte de nos pieds, des kilomètres devant, derrière, sur les côtés, du sable, à perte de vue. Immensité plane ici-bas en écho à l’azur immense au-dessus de nos têtes. Une plage comme un désert sans fins. Émerveillés, nous marchons.

Des nuages paressent dans le ciel. Quand l’un d’eux passe devant l’implacable soleil, la plage se couvre d’ombre. Le sable, or léger s’égrenant en tornades fragiles dans le vent quelques secondes auparavant, perd alors tout éclat, devient gris. L’atmosphère pure n’offre aucune protection contre la morsure solaire. La migration flâneuse d’un cumulus et nos peaux harcelées respirent. La brise apporte un peu de fraîcheur, lèche délicieusement nos corps perlés de sueur, nous octroie de menus frissons, exquises décharges le long de nos échines. Dès que le nuage s’enfuit, les poings de l’astre frappent à nouveau nos nuques. D’un bloc il nous tombe sur les épaules. Brûlants, nous marchons.

Nous passons le cap et entrons enfin dans la baie. Là-bas, si loin et inexplicablement si proche dans notre œil égaré, ondoyant à travers l’air chauffé à blanc telle une oasis hallucinée, Saint-Valéry sur Somme. Il n’y aurait pas le fleuve agonisant dans l’immensité sableuse, nous rejoindrions d’un trait le village. En face, Le Crotoy, longue plage sans mer. Nous nous dirigeons vers elle. Le sable est dans la baie plus sombre. Des arabesques d’iode blanches dentellent sa robe alezane. Il est si sec, si aggloméré, que nos pas sont sur lui comme sur une route. Lorsque nous regardons l’horizon, l’air ondule au-dessus du sable incandescent. Ces silhouettes, là, humains ou structures ? Bornes ou personnes ? On se croirait dans un film où le héros, abattu par la chaleur, ne voit plus au loin que ses propres fantasmes. Transportés, nous marchons.

Sur la route défoncée, où les nids de poule ont été comblés de galets, la chaleur se réverbère en vagues opiniâtres, se brisant contre nos haleines accablées. La lumière blanche du soleil percute impitoyablement le sable déposé sur le bitume inégal par les roues des camions, nous contraignant de plisser douloureusement les yeux. Nous avançons, le chemin encadré de massifs de ronces enlacés aux barbelés. Deux jours qu’il n’y a que la nature, que la présence humaine se limite aux vieilles maisons de pêcheurs réhabilitées en chambres d’hôtes lucratives, que la mer au loin nous offre l’horizon du ciel sur la terre. Seulement des étendues de sable, sans autres limites que les dunes, et le vol des oiseaux flirtant avec les nuages quand leurs cris s’évadent en hymnes à la vie.

Retour choquant à la logique industrieuse de l’humanité. Derrière la haute muraille dunaire qui cache à la vue la plage et la mer, l’Homme a installé une carrière de sable et de gravelle. Les membres métalliques, démesurés, de l’immense créature mécanique se reposent en ce jour de Pentecôte. Dès le lendemain, ils déverseront à nouveau des tonnes de sables, érigeront toujours plus hautes ces pyramides polychromes, nécropoles à la gloire du gigantisme laborieux de notre espèce.

Ces tas aux hauteurs ahurissantes exposent à l’air libre ce que le monde a dans le ventre. Sous le coup du vent du nord tourbillonnent de fins nuages de matières en suspension, altérant les cieux infinis de leur ballet incertain. Au centre d’un immense étang, une impressionnante machine flotte sur une barge. Ses bras d’aciers, gros comme un homme, disparaissent sous l’eau placide, turquoise. Ses mains enfoncées dans le fond vaseux s’impatientent de rejaillir gorgées de sable, de s’ouvrir afin de le verser sur l’extatique tapis roulant, long de plusieurs kilomètres, fébrile de recevoir sa dose comme l’opiomane en manque, pressé que la matière roule sur lui et qu’il remplisse son rôle, artère entre l’extraction et le stockage, chemin entre le cœur et le corps.

Des panneaux peuvent fanfaronner : « Ce site est géré écologiquement », on ne peut s’empêcher de frissonner à la vue des immenses tubes d’échappements et de la complexité machinique. Lorsque ce monstre de métal s’ébroue, on imagine la fumée âcre, noir, venir assombrir le ciel quand le boucan de ses articulations grippées de sel chasse toute vie à des kilomètres à la ronde. Le sol tremble de ses appétits. Dans le calme de ce lundi férié, l’être mécanique au repos ressemble au monstre des contes, immense bête arachnéenne reprenant son souffle avant de dévorer à nouveau. Un répit dans l’ordre anthropique des choses. Le génie humain est à ce prix. Dans la quiétude de l’air bleu, dans le vrombissement des insectes pollinisateurs, sous les piaillements des oiseaux de passage, il paraît exorbitant. Le pire : il émane de toute cette laideur une beauté fascinante.

L’indic (Calixte 3)

Calixte fait des cercles. Il observe la mousse se déposer sur les parois de sa pinte, puis redescendre mollement jusque dans le fond où finit de s’éventer une dernière gorgée de bière. La pimbêche l’a laissé sans grande information. La boîte postale ? Il ira vérifier mais il sait déjà ce qu’il trouvera : un faux nom, une fausse adresse et des témoignages flous sur la personne venue chercher le courrier. Le cercle des morts. Voilà le cœur du sujet. Mais là encore, pas de quoi ferrer le moindre poisson. La Crèveke est restée bien évasive sur le sujet. Avec un nom pareil et le standing de sa cliente, « un peu de piquant » signifie forcément un truc malsain et les gens de la haute n’aiment pas étaler leurs vices. Parangon d’une vertu qu’ils imposent aux autres en se contentant d’en étaler les aspects, ils aiment le secret sur leurs vilains penchants. Son verre vide, il se lève et va poser le coude sur le bar.

— Haut de gamme la nana.

A travers les vapeurs du lave-vaisselle qui brouillent son visage, la remarque d’Issam parait surgir de nulle part. Une question ? Une affirmation ? Seulement une de ces phrases pour alimenter le vide.

— M’en parle pas. Tu me remets la même.

— Ton ardoise fâche ma patience.

— Voilà pour ta patience.

Calixte plaque six billets de cinquante sur le comptoir. André, Irénée et Francis, des habitués comme lui, sirotent leur demi tandis qu’une femme entre deux eaux boit du bout des lèvres un blanc trop jaune, trop moelleux. Un reubeu, l’œil torve, finit de s’éteindre au bout du bar.

— Avec l’appoint, tu mettras la petite sœur à ces messieurs et à madame.

Tous hochent la tête dans sa direction. Il lève sa pinte, « santé », lâche-t-il en guise de politesse et il part s’installer en terrasse. Il referme son manteau et s’allume une clope. Il a besoin d’informations et il ne sert à rien de rappeler sa cliente. Elle ne lui dira rien de plus. Seulement, il n’a aucune envie de se jeter dans la gueule du loup sans avoir une idée de la taille de ses crocs. Vu le style de la Crèveke, il lui faut le bon indic. Chaque fois que le filtre quitte ses lèvres, il évacue un nom de sa liste. Lorsqu’il écrase sa cigarette, il sait qui aller voir. Trois gorgées, un salut de la main et il quitte le Shamheran.

Mardi soir. La pluie a enfin cessé, offrant un peu de lustre au bitume fatigué de la rue des Bons Enfants. Arrivé au niveau de la synagogue, il aperçoit l’enseigne du Filin, un bar à hôtesses tenu par Pierre-Mathieu. Ses parents avaient-ils voulu lui offrir un peu de sainteté apostolique en l’attifant de ce blaze pompeux ? Patron d’un bar à hôtesses à quarante ans, un peu maquereau sur les bords, on peut dire que ses darons s’étaient mis le doigt dans l’œil jusqu’au coude. D’ailleurs, ses deux illustres prénoms avaient été vite oubliés. Ne restait plus que PM, surnom à l’image de sa locution par rafale.

PM est une vielle connaissance de Calixte. Non qu’ils aient usé ensemble les bancs de l’école, ça faisait bien longtemps qu’on avait remplacé les bancs par des chaises quand, chacun de leur côté, ils gravirent difficilement les pentes de la scolarité obligatoire. D’ailleurs, PM avait lâché au brevet. Calixte, lui, avait tenu jusqu’en licence de droit. Mais cela faisait deux décennies que leurs chemins ne cessaient de se croiser alors, de fil en aiguille, ils avaient fini par créer une sorte de lien, entre l’amitié et le besoin.

Vingt-trois heures. Il prend une profonde bouffée sur sa clope et lâche un regard blasé sur la devanture grise du bar, tout en petit carreaux fumés. Au-dessus, les colombages typiques d’un vieil immeuble rouennais coiffé d’un toit d’ardoises noires, pentu. Deux lattes et le foyer encore rougeoyant vient mourir sous la semelle de sa chaussure. Deux pas, il pousse la porte. Lumière tamisée, plafond bas, l’ambiance est cosy. Même si la hauteur sous plafond ne permet pas de figures compliquées, la barre de pole dance dans le fond laisse espérer aux clients de provocantes acrobaties. A ses pieds, trois banquettes en demi-cercle entourent des tables basses. L’une d’elle est occupée par un seau à champagne tandis qu’un homme se grise de subir les attentions de Mélissa, une brunette aux lèvres charnues, aux regards d’autant plus brûlants que le micheton parait blindé.

Sur la gauche, le comptoir n’est pas très grand. Trois tabourets un peu serrés, dont deux sont occupés par des créatures aux traits incertains. Fatalisme ? Espoir ? Convoitise ? Des professionnelles en somme. Leurs formes sont avantageusement moulées dans leurs robes noires. Des seins et des hanches sous des lèvres rouges, leurs corps aguichent et les yeux se posant sur elles s’émoustillent. L’une a des yeux bleus un peu trop écartés dans son visage fin encadré d’une teinture noire. L’autre est blonde comme les blés, yeux noisettes et tâches de son autour de son nez camus.

— Salut Calixte, lance-t-elle en redressant les épaules, accentuant sa cambrure.

— Salut Delphine. Il pose la main sur la naissance de ses reins, lui fait la bise. C’est calme ce soir.

— Un début de soirée en début de semaine, précise-t-elle, technique.

Calixte pose un coude sur le zinc. PM émerge du rideau à côté du bar.

— Calixte !

Sa bedaine s’écrase sur l’évier alors qu’il se penche pour faire la bise. Ses yeux pétillent, sa moustache noire et parfaitement taillée frémit. Calixte n’a pas besoin de plus.

— J’ai comme l’impression de passer au bon moment.

— On ne peut rien te cacher. PM se retourne en riant, saisit une bouteille de whisky sur l’une des étagères bondées et lui sert un verre, généreux. Pourtant, mon petit doigt me dit que tu n’es pas là par pure courtoisie.

— Touché.

Calixte sourit en coin. Dans le verre, le liquide ambré s’agite encore d’avoir été si brusquement posé sur le comptoir. PM lui fait signe de le suivre. Sans oublier le verre, Calixte obtempère. Ils passent la barre jusqu’à une petite porte noyée dans l’ombre au fond du rade. A l’intérieur, un salon privé, tout en cuirs et lumières rouges, pour les clients les plus généreux. Les plus bouillants aussi. Moyennant finance, le queutard peut s’offrir ces dix mètres carrés pour aller au-delà des conversations intéressées et des pelotages champagnisant et s’offrir une partie de jambes en l’air avec sa favorite. PM est un romantique. Si les bourses vides des uns remplissent la sienne, alléluia ! Les deux hommes s’assoient, posent leur verre sur la table basse, ronde et noire. Echange de regards.

— J’aurais besoin de tes services, commence PM.

— Un mauvais payeur ?

— T’as le nez fin.

— Dix ans que tu m’appelles pour les faire cracher au bassinet. Si je n’arrivais pas à le deviner, je changerais de taf. Raconte.

— Samedi soir, un type propre sur lui entre. Il était quoi, minuit ? Une heure ? Le gars poli. Il salue tout le monde. Il avise une banquette et commande une bouteille de champagne. Jusque-là, rien de surprenant. A peine dix minutes et deux types entrent et le rejoignent. A leur tronche, ça parle affaire. Je retiens les filles. Pas le moment. Ils se claquent la première bouteille puis en commandent une seconde. La conversation se fait plus détendue et là les filles y vont. A la troisième bouteille, les mecs commencent à être bien éméchés. Le premier lâche ses cartes à tout le monde. Avocat d’affaire et tout le tintouin, le gars s’imagine président de la république. Bref, ça s’enchaîne. Ses deux potes, raides, se barrent vers trois heures. Lui reste encore, pelote comme il se doit Michèle et finit son verre. Il arrive à la caisse mais il était tellement bourré ce con qu’il en oublie son code de carte bleue. Trois essais et plus rien. Il sort son larfeuille. Un pauvre billet de cinquante. Magnanime, je lui propose de repasser dans la semaine me payer. Evidemment, je lui demande ses coordonnées. Le mec, confiant comme le sont les mecs dans son état, me refile un faux nom et un faux numéro de téléphone avant de se tirer.

PM reprend son souffle et avale une gorgée. Un courant d’air. La porte s’est ouverte. Delphine est entrée.

— Et ? Calixte sent bien que l’histoire n’est pas finie.

— Et, pour te dire à quel point le mec est con, il avait refilé une de ses cartes de visite à Michèle. Il m’a vraiment pris pour une buse le type.

PM s’esclaffe. Calixte trempe ses lèvres. Comme à chaque fois qu’il a besoin de lui, PM ne lui a pas servi le tout-venant, un de ces whiskies pour soiffard. Non, là les îles écossaises te tapissent la langue, le palais avant de te caresser la gorge. Un nectar.

 — Ok. Sourire. Je ne devrais pas trop avoir de difficultés. File moi sa carte et je t’arrange ça.

Alors que PM lui tend le bout de carton, Delphine s’assied. Il la regarde. Comme chaque fois, ça lui fait un truc dans le bas ventre. Un genre d’instinct qui sans passer par le cœur te relie d’un trait les yeux et les couilles. Il l’aime bien. Elle lui plait. Son visage mutin lui donne l’air de ne pas y toucher. Pourtant, elle est tout sauf innocente. Elle se love contre lui, l’embrasse dans le cou, lui caresse le bras. Il passe sa main dans ses cheveux, fixe PM.

— Le cercle des morts, ça te dit quelque chose ?

— Le cercle des morts…

PM se lisse la moustache, signe chez lui qu’il fouille dans sa mémoire. Sans l’avertir, la jeune femme déboucle sa ceinture, le défroque à moitié et part à la recherche de sa bite.

— J’ai une cliente qui en fait partie, précise Calixte.

— C’est pas commun ce truc. PM prend l’air fin alors que de longs doigts parfaitement manucurés se saisissent du sexe de Calixte.

— C’est-à-dire ?

— C’est un genre de club libertin pour nantis, un truc hyper select. Il faut montrer plus que patte blanche pour y entrer. Une gorgée. Ses membres se réunissent une fois par mois histoire de se rappeler de quel monde ils font partis, loin des petites gens, des smicards et autres assistés. Entre baises salaces et gueuletons incroyables, ils parlent affaires. Plusieurs contrats juteux, si je peux dire ça à propos de ce cercle, ont déjà été signés à ces moments-là.

— Un genre de loge maçonnique orgiaque ? Maintenant qu’il bande, Delphine commence de le branler dans son caleçon.

— Si tu veux. Pour se donner un genre, ils se la jouent société secrète, avec des rites d’initiations, des costumes et tout le tralala.

— Genre Eye Wide Shut ? Demande Calixte alors que les lèvres humides de la jeune femme emprisonnent son sexe trop tendu.

—  Sans Stanley Kubrick derrière la caméra, rétorque PM. Calixte n’aurait pas cru qu’il ait cette référence. Juste un truc salace où les bourges se lâchent. Mais comme ils veulent conserver les apparences, ils s’imaginent des mystères.

— Et où peut-on trouver ce cercle ?

— Ils se réunissent au Monumental. Où précisément, je ne sais pas. Mais faut être sacrément détraqués pour faire ça au milieu des tombes, entourés de cadavres.

— Bah ça s’appelle le cercle des morts leur truc, non ?

— Qu’est-ce que t’es perspicace ! ça me donne le vertige. Un large sourit cisaille le visage de PM. Bon, je te laisse. J’ai un bar à faire tourner et j’ai comme l’impression que t’en as plus rien à foutre de mes histoires.

L’autre se lève et quitte le salon. Il a ses infos, un job, Calixte peut relâcher son contrôle. Rapidement, toute son attention est aspirée par le mouvement parfait, la langue experte de la jeune femme. Rapidement, il n’est plus que sensations. Plaisir.