Le point de Monsieur G.

Comme tant de personnes essorées par leur journée de labeur, je suis affalé dans le canapé à zapper machinalement. L’avantage avec la télévision via internet, c’est d’avoir pléthore de chaînes à sa disposition. En conséquence, la boucle est longue avant de retourner au point de départ. Le désavantage, c’est de ne plus savoir quoi regarder réellement. A peine une image, à peine deux mots et on saute déjà vers un autre programme, zappé tout aussi vite. En un peu moins d’un quart d’heure, on voit tout sans rien regarder et réussissons seulement à tromper l’ennui avec du vide.

Pour me convaincre de ne pas avoir perdu mon temps, je m’arrête sur une émission intelligente et me contraints à la laisser plus d’une minute. Trois types, sûrement issus de milieux autorisés, et une journaliste tentent de répondre à cette question aussi cruciale qu’inintéressante : « L’embellie économique des derniers mois est-elle due à des facteurs conjoncturels ou structurels ? »Tout un programme !

Chacun étale sa science, se fait tacler par l’un des trois autres, se met à hausser le ton dans l’espoir d’avoir le dernier mot sans s’alourdir d’une quelconque pertinence. Ça balance des chiffres, ça parle de croissance, d’investissement et de consommation, ça loue les entreprises du CAC 40 comme les TPE dynamiques… bref, c’est très chiant.

Dans cette soupe inaudible de conjectures plus ou moins bien argumentées, un mot à mille lieues de notre hébétude de téléspectateur et pourtant l’artisan de celle-ci ressort à chaque phrase : performance.

Il sonne à l’oreille comme la cloche d’une église médiévale appelant les fidèles à la messe. Mû par la pression sociale et l’habitude, peut-être aussi par le doute, ils vont s’asseoir sur un banc sous la nef et écouter docilement le prêche du curé, discours lénifiant truffé de sentences culpabilisatrices pour leur rappeler tout ce qu’ils ne font pas pour complaire à Dieu, son fils et le Saint-Esprit.

La quête de la performance c’est un peu ça aujourd’hui, une injonction sociale à produire plus, plus vite, à faire preuve d’une fiabilité sans faille. Tous les jours, nous sommes évalués par rapport à elle, nous sommes jaugés à l’aune de notre performance. Elle touche tous les aspects de la vie, des plus anodins aux plus décisifs. Elle infecte nos pensées et contraint nos agissements, nous transforme en nos propres juges. La performance est devenue une discipline au sens foucaldien, à savoir une manière de penser et d’agir contrainte socialement mais intériorisée par les individus.

Dans nos sociétés est traditionnellement attachée à la jeunesse l’idée de performance. Alors on se doit d’être jeune, à tout le moins de le paraître, afin d’envoyer à tous une image socialement valorisée et valorisante. Avec ce jeunisme acharné, même les vieux dans les pubs sont jeunes. Une crème antirides vantée par une trentenaire, vous y croyez vous ? Veut-on masquer par-là l’inefficacité du produit ou nous prendre tout simplement pour des idiots ? Ma grand-mère s’en tartine le visage chaque matin. Malgré ce traitement quotidien, on voit bien qu’elle n’est pas née de la dernière pluie. On nous pousse au nom de la performance à masquer la décrépitude biologique quand on ne peut pas la corriger.

Lorsque notre corps n’est plus notre allié, il faut trouver des subterfuges pour continuer d’être considéré comme performant. On n’hésite pas à faire appel à la chimie pour ça. Pour les mâles dont la sexualité est un fondement de leur estime de soi, pannes récurrentes ou prostate fatiguée sont pour eux une catastrophe. Heureusement, de bienveillants laboratoires pharmaceutiques ont pensé à leurs petits malheurs et ont créé… le Viagra.

Mais plutôt que de faire une longue liste de tous les lieux où s’est glissée cette injonction de performance, penchons-nous sur celui où est née cette injonction à la performance : l’entreprise.

Pas d’église ici mais un bâtiment plus ou moins engageant, pas de prêtre mais un chef que la nécessité de gagner sa croûte nous pousse à supporter avec un flegme tout relatif. Performer, ce barbarisme tout droit sorti des écoles de commerce, est le prétexte idéal de ces caïds d’open-space pour tyranniser leurs subalternes.

Imaginons. Lundi matin sur le plateau d’une quelconque entreprise de télé-services. Toute l’équipe commerciale de la boîte est réunie devant le paperboard.  Écrit au feutre noir en chiffres gras, les résultats de la semaine passée, les objectifs du jour, les perspectives pour la semaine à venir. Le directeur commercial, tout énervé de s’être fait taper sur les doigts par ses supérieurs, déverse sa frustration de n’avoir pas pu avec des chiffres clinquants lécher les bottes de la hiérarchie.

Un par un, il agonie ses inférieurs. Il prend soin d’ailleurs de les nommer collaborateurs, ça fait plus corporate, sans oublier de les infantiliser pour bien leur rappeler l’incommensurable distance entre eux et lui. Il leur jette à la figure la médiocrité de leurs résultats, les accuse de ne pas avoir suffisamment travaillé pour atteindre les objectifs, de ne pas s’être donné à 200% pour la société. Et au moment où rouge de colère son sac d’injures est enfin vide, il lâche une bombe : « Quand est-ce que vous serez performants ? » Le mot claque dans les esprits comme une accusation de crime.

Normalement, le salarié lambda la boucle. Tantôt il se remet en cause et culpabilise de ne pas avoir satisfait les désidératas de ce kapo pétri de principes libéraux, tantôt il boude de s’être fait gronder par son supérieur. Mais aujourd’hui, il en a ras-le-bol de se faire chier dans les bottes par un type dont la valeur n’est certainement pas supérieure à la sienne. Pris d’un courage exceptionnel, il se détache du cercle de ses collègues, s’approche du chefaillon et, à son tour, vide son sac.

«  De quel droit te permets-tu de nous parler sur ce ton ? Tu crois que d’avoir lécher tous les culs de la boîte pour obtenir une promotion médiocre de directeur commercial dans une entreprise de seconde zone t’offre la liberté de nous gueuler dessus comme sur des chiens ? C’est clair, on n’a pas été performants. Je dirais même qu’on n’a rien fait pour l’être. Et tu sais pourquoi ? Parce que ça fait chier tout le monde de bosser avec toi. Tu nous parles de performance mais elle est où la tienne en matière de management ? Tu t’es jamais demandé pourquoi depuis que tu as eu ce poste, on n’atteint plus les chiffres ? J’en ai par-dessus la tête de subir quotidiennement tes remontrances, de subir tes discours formatés, de me faire injurier par une merde aussi grande que toi. Et tout ça pour quoi ? Pour augmenter les bénéfices de la société, bénéfices qui profiteront à des gros cons dans ton genre mais pas à des mecs comme moi. Subir ta profonde stupidité pour des clopinettes, c’est terminé. Alors tes p’tits airs d’adjudant-chef à deux balles et tes injures de charretier, tu peux te les carrer au même endroit que ma démission. Tchao ducon ! »

Le souffle court d’avoir pour la première fois de sa vie balancé à quelqu’un tout ce qu’il avait à lui dire mais l’esprit serein, il prend son manteau et s’en va. En traversant l’open-space, il a le sourire aux lèvres. Peut-être a-t-il perdu son job mais il ne s’est pas soumis. Enfin, il s’est écouté lui et non cette petite voix vicieuse, accusatrice, trop souvent là pour lui rappeler ses défaillances. Qu’ils performent s’ils le veulent, lui va commencer de vivre.

Le point de Monsieur G.

L’autre soir, je fis la rencontre d’un mec très intéressant. Son discours flotta plusieurs jours dans ma tête. C’est pour ça que j’écris ces quelques lignes pour ne pas en perdre la substance.

Dimitri, 35 ans, célibataire. Châtain aux yeux marron, ni gros ni maigre, ni grand ni petit. Avec sa veste noire, sa chemise claire enfoncée dans son jean et ses chaussures de ville un peu ternes, il passe inaperçu dans la rhumerie. A peine s’arrête-t-on sur sa coiffure, une main passée le matin dans ses cheveux épais ébouriffés par la nuit. Toujours rasé de près, son mètre soixante-quinze et ses soixante-dix kilos le placent clairement dans la moyenne des êtres de genre masculin en France. Rien d’exceptionnel de prime abord.

Sa manière d’être confirme son apparence. C’est un discret. Il s’en rengorge d’ailleurs : « rester discret, passer inaperçu, n’est-ce pas le plus beau pied de nez fait à cette société d’apparence ? N’est-ce pas cracher au visage de ceux qui ne cherchent qu’à briller, quitte à étaler leur médiocrité comme une plus-value ? Quitte à ne pas en mourir d’être ridicule mais d’en être humilié jusqu’à leur mort ? »Il est vrai qu’après avoir descendu trois verres, Dimitri arrive habilement à transformer en qualité sa transparence.

Néanmoins, ses belles théories sur l’art de ne pas faire de vagues ne justifient qu’à lui-même son manque d’imagination, son refus de prendre l’initiative, sa stagnation personnelle et professionnelle. Il n’y a pas besoin d’être docteur ès psychologie pour comprendre le but de ses fanfaronnades sur la discrétion. Il s’exaspère, il boue au fond de lui de n’être qu’un quidam parmi tous les autres, de n’avoir rien d’exceptionnel. Pire, il jalouse ceux qui, à la différence de lui, savent jouer des codes sociaux et de leurs lourdeurs pour briller, ne serait-ce qu’un instant, sur le firmament gris de la reconnaissance.

Malgré ses arguments, avant tout énoncés pour le convaincre lui plutôt que les autres, malgré son attitude détachée, sa frustration est grande. Frustration de si bien se conformer au jeu des relations humaines, frustration d’être toujours resté à sa place même quand tout autour de lui explosait, frustration d’invariablement conclure que la société l’a modelée et que lui n’a jamais eu aucune influence sur elle. Désillusion aussi. Quand il mourra, à part un pauvre carré mal entretenu dans un cimetière, que restera-t-il de lui ? Un vague souvenir dans l’esprit de ceux qu’il aura croisé, des rares personnes qu’il a connu. Ses parents morts, sa famille, un oncle et une tante frileusement appelés pour souhaiter la bonne année, quelques cousins perdus de vue depuis longtemps, se rappellera-t-elle seulement de lui ? Il est seul et même s’il joue de ses relations amicales pour de temps en temps se sentir vivre, voir dans le regard d’autrui la réalité de sa propre existence, il reste finalement seul.

Dimitri est écartelé entre ce qu’il est, du moins l’idée qu’il se fait de son moi profond, et ce qu’il montre, cette image née de sa confrontation au monde, construite dans la contrainte de s’adapter à la société dans laquelle il évolue.

Pour lui, de cette tension ne résulte que l’hypocrisie. Tous autant que nous sommes, nous sommes des hypocrites. Toutes les relations humaines sont basées sur l’hypocrisie. Qui sait réellement les intentions de son interlocuteur ? N’avez-vous jamais dit des choses tout en pensant le contraire ? N’avez-vous jamais rien caché de vos idées en annonçant clairement à l’autre que vous lui direz tout ? On enrobe nos dires de tant de salmigondis  pour essayer de faire passer la pilule qu’ils en perdent toute importance.

C’est ce que certains nomment la communication, toute cette vaseline destinée à rendre moins douloureux, moins amer aussi le suppositoire qu’on cherche à nous enfoncer profondément, loin dans la lune, à coup de publicité et d’émissions aseptisées, de discours bien-pensant et de culpabilité savamment distillée. Cette constatation est aussi valable chez les élites que chez les prolos.

Dimitri ne supporte plus cette hypocrisie. Les sourires qu’il lance à chaque mauvaise nouvelle, comme pour faire croire que celle-ci lui glisse dessus. Le visage contrit qu’il affiche devant le désarroi ou le malheur d’un presqu’inconnu, comme s’il en avait vraiment quelque chose à foutre que son clebs ou que sa mère soit mort. Cette compassion simulée, ce désintérêt feint ou cette colère surjouée, qu’il se sent obligé de montrer pour faire preuve d’humanité face à des sujets dont il s’en bat l’œil. Toutes ces simagrées le fatiguent, ont vidé de sa substance l’intérêt de vivre au contact des autres.

Il en a ras le bol de devoir se conformer à ce qu’attendent les autres. Ce qu’il aimerait, c’est que les autres se conforment à ce qu’il est, ce qu’il ressent, ce qu’il pense sans avoir besoin de filtre. Lui, entier, sans masque, juste lui.

C’est à peu près là que Dimitri cessa son discours. L’œil déprimé plongé dans le reste de cassonade qui tapissait le fond de son verre, il se perdit dans ses pensées et je perdais un interlocuteur de qualité. L’analyse de sa situation m’avait moi-même filé le bourdon. C’est pourquoi je finis mon verre d’un trait et rentrai chez moi, l’esprit aussi lourd d’idées noires que le ciel de nuages.

Le point de Monsieur G.

Je déjeunais dans un restaurant du centre-ville qui se voulait branché. Vous savez, un de ces endroits où sur la carte des noms alambiqués cachent à peine la simplicité de la cuisine tandis que les prix reflètent le lourd investissement dans une décoration d’un goût incertain, dans une vaisselle qui se veut moderne. Nous discutions avec un ami au lieu d’apprécier des plats somme toute assez fadouilles sous leurs pousses de soja que nous apportait un serveur emprunté. J’avisais alors une table occupée par trois femmes à la quarantaine triomphante. Rien d’extraordinaire me direz-vous ? Béotiens !

Immanquablement, je tendais l’oreille. Pourquoi ? Je me doutais à leur allure (n’est-ce pas humain de s’imaginer des choses à la seule apparence d’autrui?) et à l’odeur capiteux de parfum grand luxe répandue par leurs cours enserrés de foulards haute-couture, que leur conversation serait croustillante. A la différence de mon ami peu au fait des joies de l’observation, je ne fus pas déçu. Il n’y a rien de plus amusant, voire exaltant, que de suivre les échanges d’une coterie de poules à fric.

Queuwa ?! Comment ? N’est-ce pas un vil jugement uniquement basé sur l’apparence ? Certes, on peut me reprocher cette faiblesse. Néanmoins, plutôt que de s’indigner vainement comme des bonnes sœurs devant Youporn (on ne changera pas de la sorte des tendances si bassement humaines), faisons un peu d’ornithologie à la petite semaine. Qu’est-ce qui a pu me pousser à les catégoriser comme des poules à fric ?

Comme son nom l’indique, une poule à fric est attirée par le fric, par ce qui sent le fric, j’oserais même dire par ce qui pue le fric. C’est pour cette raison qu’elle aime par-dessus tout, dès qu’elle en a une poignée, le montrer, l’étaler, le jeter à la face de tous pour bien leur montrer sa prétendue supériorité. Dès que mes yeux se furent posés sur le plumage de ce trio de haute-cour (elles laissent la basse aux dindes de campagne), un doute vite dissipé s’immisça en moi. Maquillées comme tout droit sorties de chez l’esthéticienne, leurs brushings dignes des plus grands salons de coiffure, leurs parfums sentant moins un quelconque distillat que le prix du flacon et leurs bijoux rutilants, ici une rivière de perles ostensiblement posée sur un chemisier de soie, là un diamant gros comme un œuf sur le majeur,  je dus me rendre à l’évidence : ça sent le pognon.

Ajoutez à cela le fait que ces trois-là fussent installées dans ce restaurant du dernier goût dans cette coquette ville de province, que les dossiers des chaises fussent recouverts d’une fourrure, d’une doudoune d’une marque bien trop chère au rapport de la qualité de ses productions, je distinguais immédiatement les signes extérieurs de richesse, la vulgarité de l’argent inutilement étalé si prisée de cette espèce de volatile.

Le coup de grâce ? Posés sur la nappe blanche, à côté du couteau à poisson (ces dames s’imaginent faire attention à leur ligne), l’iPhone dernière génération (un SMIC!) qu’elles manipulaient de leurs doigts arachnéens terminés par de faux ongles outrageusement manucurés.

Ne cherchez plus, ce faisceau d’indices nous pousse à l’affirmer : nous sommes en présence de poules à fric.

Évidemment, satisfaisons la bien-pensance, l’apparence ne fait pas tout ! Ces dames sont évidemment superficielles. Néanmoins, elles ne se contentent pas uniquement de paraître, elles débattent aussi de sujets de fond. A leur manière, elles philosophent, s’interrogent sur la vie, son sens, ses difficultés à le trouver. Au milieu du repas, mes oreilles captèrent l’analyse de leurs dernières vacances dans les îles, aussi lointaines et exotiques qu’elles se croient être, quand tout ici et gris et humide. Mais ne vous méprenez pas ! Elles ont beau avoir tournées cent fois le tour de la Terre, les cultures locales restent pour elles de pittoresques folklores, des Disneyland du bout du monde, dont il est bon ton de moquer telle coutume prétendument arriérée, telle habitude si « loin des vraies préoccupations d’une femme du monde ».?Non, l’important est ailleurs. Le bleu du ciel, le turquoise de l’eau, la chaleur de l’air et de la mer, la lumière qui met en valeur leur nouveau maillot de bain ou le soleil qui hâle merveilleusement leur peau et fait briller l’or de leurs breloques.

Et les cocktails du club ! Un délice ! Je n’ai pas précisé pourtant cela tombe sous le sens que ces oiselle-là ne vont pas loger chez l’habitant, sur une paillasse à l’aspect trop peu ragoûtant pour leur standing. Non, non et non ! Ces dames valent mieux que ça ! Il leur faut leur continental au petit- déjeuner, leur quinoa-avocat au déjeuner. Sommes-nous aux Maldives ? De quel droit ne pourraient-elles pas profiter d’un tournedos Rossini, d’une tranche de saumon fumée norvégien ou de je ne sais quelle connerie inappropriée ? Bien évidemment, ces excès étaient vite évacués durant la séance quotidienne d’aquagym dans la piscine à débordement à cinquante mètres de la mer. D’ailleurs l’animateur, les muscles avenants, le sourire de gigolo et le dynamisme aguicheur  était plutôt pas mal.

Cette fois-ci hélas, elles étaient avec leur mari. Voilà une autre caractéristique de la poule à fric. Elle dit toujours « mon mari », jamais son prénom en  dehors des soirées passées accrochée à son bras et autres mondanités du même acabit. Ce « mon mari » est toujours dit avec un ton très particulier, mêlant condescendance et ironie, qui ne manque jamais de leur tirer un sourire carnassier. Le mec qui l’entretient, le bon con inconscient (ou pas) qu’en lui passant la bague au doigt s’enchaînait corps et biens à une véritable sangsue, n’a pas de nom. C’est seulement « mon mari » avec dans le regard le scintillement de la Gold, ou de la Black Infinite pour les plus ambitieuse.

Les poules à fric se plaisent à comparer leurs achats, à soupeser les dépenses de chacune dans l’espoir d’être au sommet de leur hiérarchie. Sur quelle valeur se base cette hiérarchie ? L’argent dépensé bien sûr. Plus elles claquent de fric, plus elles se rapprochent des sommets. La déchéance à leurs yeux ? Compter. Le jour où l’une d’entre-elle se met à faire attention, à faire ses comptes, alors immanquablement, sans aucune pitié de la part de ses congénères, elle se fera éjecter du cercles de ses « amies ». Pour ces dernières, elle n’existera plus, elle sera une paria à éviter à tout prix pour éviter d’être contaminé par son hideuse maladie : la modestie. Si elles devaient évoquer à nouveau le sort de cette pauvre femme, ce serait lors de leurs déjeuners entre copines, pour se donner le frisson comme on regarderait un film d’horreur.

Si un jour, vous remarquez des femmes remplissant ces différents critères, ne réfléchissez plus et endossez l’habit de l’ornithologue. Ces oiseaux-là valent le détour.