L’impatient par Monsieur G

La corde est solide, le tabouret bancale. Face à cette organisation millimétrée, le doute n’est plus permis. Mon tempérament neurasthénique est sur le point de réaliser son vœu le plus cher. Pourtant, je ne peux m’empêcher d’osciller entre impatience et appréhension. Après tout, c’est humain de tergiverser au dernier moment, d’hésiter alors qu’un geste de notre part suffit à satisfaire notre volonté. Un résidu d’instinct de conservation hérité de nos origines animales ?

Je prends une profonde inspiration pour raffermir ma volonté. Il n’est plus temps de grappiller d’infâmes secondes de cette vie écœurante. Il faut agir. D’un mouvement sec du pied j’envoie le tabouret rouler au loin. Ça y est, la gravité me happe. Les yeux fermés, les lèvres crispées, nerveux, je redoute en même temps que je l’appelle le choc soudain de ma nuque se brisant.

Je ressens un choc sec dans les genoux. Mes pieds seraient-ils en train d’éprouver la résistance du mur invisible entre la vie de la mort ? J’ouvre les yeux en grand. Sous mes chaussons, le carrelage beige de mon salon. J’inspire profondément. J’expire longuement. Crotte ! Je vis encore.

Je lève les yeux vers le gibet de circonstance, cette poutre robuste autour de laquelle j’ai attaché la corde. Elle n’a pas bougé. Par contre, je remarque la mollesse avec laquelle la corde descend jusqu’à mon cou. Quel idiot ! Comment ne l’ai-je pas remarqué plus tôt ? Elle est bien trop longue. Jamais elle n’aurait pu stopper ma chute. Je pousse un feulement d’exaspération en même temps que j’ôte le nœud de mon cou. Le contact du chanvre, si doux quelques secondes auparavant tant il matérialisait ma réussite future, était devenu insupportable, symbole urticant de mon échec présent.

C’est la troisième tentative manquée !

Pour la première, je soumis mon destin au génie mécanique de l’homme. En fait, par manque d’originalité (Internet regorge de solutions faciles), je décidai de me jeter sous un train. J’étudiai pendant plusieurs semaines, avec la minutie du maquettiste, la voie ferrée entre Rouen et Paris afin de trouver l’endroit le plus adéquat pour mon trépas. Je finis par dégoter la perle rare. A la sortie d’un tunnel, juste après Tourville-la-Rivière mais avant Pont-de-L’arche, les rails s’inclinaient en une longue courbe entre d’un côté une colline, de l’autre l’autoroute.

Ici, j’étais certain que le conducteur n’aurait pas le temps de freiner avant que sa machine ne disloque mon corps offert et m’offre ainsi une mort certaine à défaut d’être propre. De plus, importuner une dernière fois mes congénères apportait une certaine plus-value à mon geste. J’avisai les habitations alentours. Pas une maison à moins d’un kilomètre. Personne pour au dernier moment retenir mon geste. L’emplacement idéal !

Un samedi matin, dans la grisaille du temps normand, après avoir vérifié les horaires, je dépliai un petit fauteuil de plage et m’assis. Je guettais le bruit du train lancé à pleine vitesse qui, juste après le virage, devait m’ôter la vie. J’avais pris un peu d’avance, je ne voulais en aucun cas rater le rendez-vous. Je contraignis alors mon esprit à la patience. Celui-ci oscillait entre le calme — ma détermination à en finir avec cette morne existence était ferme, rassurante — et l’agitation. La SNCF serait-elle fidèle à sa réputation, c’est-à-dire en retard ? Et si elle était en avance ? En un mot, j’étais fébrile, impatient de prendre le dernier train.

Soudain, l’acier vibra. Au loin, je distinguai le bruit caractéristique d’une locomotive à plein régime. Je me dressai sur mes jambes, renversant le fauteuil, et me précipitai au bord de la voie. Les yeux fermés, j’attendis de sentir le train arriver à ma hauteur. Lorsque mes oreilles m’indiquèrent l’instant propice, je me jetai sur les rails. En cet ultime moment, je ne pus empêcher mes pensées de voler vers ma famille, bientôt orpheline de m’avoir perdu. Se soucierait-elle seulement de ma disparition ? Trop tard. Il était trop tard pour émettre ce genre de réflexions. La fin était là.

Le corps meurtri par les rails, le bois, les graviers, j’étais allongé sur la voie. J’attendis la mort. Le klaxon de l’engin me transperça les tympans. J’attendis. Le roulement grinçant des voitures qui filaient était insoutenable. J’attendis encore. Emanant de ma cheville, une douleur sourde me força à rouvrir les yeux. Ils contemplèrent les roues du Rouen-Paris.

Le train passa. J’étais toujours étendu sur la voie. Vivant. Je ne voulus pas l’admettre sur l’instant mais depuis je l’ai accepté : je suis vraiment le dernier des idiots. Pressé par mon envie d’en finir au plus vite, je m’étais jeté sur la mauvaise voie. Je me relevai et vidai les lieux. Quelle buse ! Clopin-clopant, l’envie de mourir renvoyée aux calendes grecques, je retournai à ma voiture et rentrai chez moi, humilié, plus misérable encore qu’avant ma tentative ratée.

J’attendis quelques mois d’être saturé de la comédie humaine pour tenter à nouveau ma chance. Cette fois-ci, je me fiai au génie biologique de l’homme pour mettre fin à mes jours. Je pris cette décision après mûre réflexion. La vue du sang me faisait tourner de l’œil. Dès lors, j’écartai l’idée de me tailler les veines. Ma première expérience m’avait échaudé et la peur de perdre connaissance avant le travail accompli me tétanisait. Pas deux fois tout de même ! Me faire seppuku était hors de question. Où trouver un sabre de toute façon ? J’en ris presque. Non, cette fois, mon arme serait médicamenteuse. La science avait depuis longtemps fait ses preuves dès qu’il s’agissait de massacrer des espèces vivantes, plus particulièrement des êtres humains. Elle serait ma plus sûre alliée dans mon projet.

Beaucoup se plaisent à médire des médicaments, à dire que c’est là une technique bien lâche pour se supprimer. En quelque sorte, une solution de facilité. N’ont-ils jamais vécu cette situation où, les pilules dans une main, le verre de vodka (ou tout autre alcool) dans l’autre, il ne reste plus qu’à tout avaler ? Ceux-là peuvent déblatérer tout leur soûl. Moi je vous le dis, il faut du cran pour tout ingurgiter sans dégobiller à chaque gorgée.

J’étais là, dans ma salle de bain, assis sur la lunette des toilettes à examiner un large panel de médicaments. J’avais vidé mon armoire à pharmacie et disposé les plaquettes d’aluminium en rang sur le rebord de ma baignoire. Je cherchai parmi elles la médication la plus efficace pour, sans douleur, quitter ce monde.

A ma décharge, je n’y connais rien en pharmacopée. Pour moi, un tranquillisant ou un antalgique, c’est du pareil au même. Pour ne rien arranger, j’ai la fâcheuse tendance à jeter notices et emballages. Évidemment, à quoi bon conserver ces papiers inutiles lorsque tout est prescrit sur l’ordonnance. Mais à cet instant précis, crucial, je m’en mordais les doigts. Lequel serait létal à coup sûr ? Je finis par laisser le hasard agir. « Pic Nic Douille ». Je me saisis de la plaquette au bout de mon index, ôtai toute les gélules de leur gangue plastique et les avalai (treize tout de même) d’un seul trait.

J’attendis patiemment que le voile de l’inconscience me saisisse. J’observai les lieux comme jamais auparavant. Je remarquai le joint jaune autour de la baignoire. Peut-être faudrait-il que je le change ? M’interrogeai-je avant de m’apercevoir de la futilité de ce constat. Que pouvait m’importer un bout de silicone au moment où je m’apprêtais à faire le grand voyage ? Les carreaux rose-marron dont les murs de la pièce étaient recouverts m’apparurent de mauvais goût. La salle de bain n’avait pas dû recevoir d’embellissement depuis des lustres, pas même quelques touches d’une décoration moderne. Dans un sens, je ne pouvais m’en prendre qu’à moi-même. J’habitais là depuis dix ans, sans vraiment y vivre et donc sans réellement chercher à améliorer l’aspect des lieux. Dix minutes passèrent et toujours rien.

La pièce me rappelait chez mes grands-parents. Ou plutôt le supplice du lavage au gant le dimanche matin lorsque j’allais passer le week-end chez eux. Leur salle de bain était entièrement carrelée, de ces mêmes grands carreaux à la surface imparfaite, à la seule différence que chez eux ils étaient gris clair. Je me remémorai mon reflet dans le miroir à l’époque. Soumis au récurage sec de mamie, son gant, du crin, je grimaçais de douleur, surtout lorsqu’elle s’attaquait aux oreilles.

Trente minutes. Toujours rien. Je commençai à m’inquiéter. Dans les films, l’inconscience arrivait assez rapidement. Je sais que le cinéma n’est pas la réalité mais tout de même, une demi-heure, ça fait long. Je commençai à pester. « Pourquoi rien ne se passe ? » Demandai-je à haute voix. Une douleur fulgurante me transperça le ventre. Ça y était, le mécanisme était enclenché. C’était plus douloureux que ce à quoi je m’attendais mais le résultat valait le coup. Qu’est-ce qu’une petite douleur avant une grande délivrance ? Je me pliai en deux. Une nouvelle attaque tordit mes intestins. Adieu monde cruel, me voilà sur le départ. Et tu ne me manqueras pas.

Mes intestins émirent un long et caverneux gargouillis. Je crus, soumis aux hallucinations de l’agonie, dans le délire des derniers instants, voir la peau de mon ventre se soulever. Les médicaments dissolvaient mes entrailles. Enfin, je partais.

Je dus promptement me redresser, soulever le couvercle et m’asseoir sur la lunette. Ce fut le début de mon clavaire. En guise de glas, j’eus une diarrhée de tous les diables. Toute la nuit, je fus contraint de rester le fondement vissé aux toilettes. A peine me levais-je pour boire que l’urgence me ramenait sur le trône. J’eus le temps de détailler la plaquette utilisée pour mon suicide. La marque inscrite en lettres vertes sur l’aluminium me disait quelque chose. J’en avais déjà entendu parler. Entre deux spasmes, je creusai ma mémoire. Vers six heures du matin, le front en sueur, sans forces, je finis par me rappeler la fonction de ce  médicament. J’avais vu une publicité à la télévision. En guise de Barbituriques, je m’étais enfilé une boîte de laxatifs. Faible comme un nourrisson, je parvins enfin à traîner ma carcasse jusqu’à mon lit. Au moment de m’endormir, je bannis définitivement l’usage de médicaments pour ma prochaine tentative.

Cette décision n’avait pas amélioré mon efficacité. J’avais pensé la pendaison imparable. La belle illusion. Je me suis encore raté. Après avoir rangé le tabouret, détaché la corde, je m’affale dans mon fauteuil. Un verre d’alcool brun tiré d’une bouteille sans étiquette en main (décidément, je dois avoir un problème avec ça !), je doute sérieusement de mes aptitudes. Suis-je donc si nul pour ne pas arriver à simplement me supprimer ? Après tout, ne serait-ce pas le reflet de ma vie ?

La seule femme qui soit restée suffisamment longtemps avec moi, la seule dont j’ai connu autre chose que son parfum m’a lâché il y a des années. Il faut dire, la nature ne m’aide pas dans mes relations amoureuses: j’ai un problème érectile. On peut tout me faire, ça ne monte pas, ou si peu. Sa tendresse, et sa patience surtout, nous ont permis de tout essayer. Mais mon corps réagit très mal lorsqu’on lui fait ingérer des substances chimiques rarement utilisées. Les spasmes provoqués par la petite pilule bleue ont été la goutte de trop. Son vase a débordé et elle est partie sans plus donner de nouvelles.

Mon travail ? à quoi bon y penser ? Pour le coup, l’étymologie de ce mot lui va comme un gant : une torture. Chaque matin, il m’oblige à me lever tôt et chaque soir, à rentrer tard. Que fais-je entre ces deux moments à part perdre mon temps à remplir les poches d’autres que moi ? Le service conditionnement d’une usine de plats préparés c’est l’antichambre de l’enfer pour des clopinettes.

Mes passions ? Que signifie ce mot ? Pour certains ce sont les timbres, pour d’autres le sport. J’ai le second en horreur. Une retransmission télévisée suffit à me donner la nausée. Tant d’énergie dépensée pour courir après une balle ou pour aller plus vite que les autres, tout ça encadré par des règles si strictes que tous le monde les bafouent, à quoi bon ? L’inutilité, je sais ce que c’est, pas la peine de s’extasier devant des types qui courent après. Pire, de s’agiter comme eux pour atteindre le même résultat que moi. Quant aux premiers, qu’est-ce que je ferais de livres entiers à la gloire de l’affranchissement ?

Ma famille ? Un coup de fil de ma mère à mon anniversaire, un diner avec mon père le soir de noël, c’est déjà presque trop. Je sens bien qu’ils m’évitent. D’ailleurs, je ne fais rien pour les en empêcher. Ils ont peur d’être contaminé par ma médiocrité et je les laisse se complaire dans cette billevesée. Au moins, cela m’exempte de feindre le plaisir d’être ensemble quand seule l’envie d’être loin m’habite.

Mon existence est un ratage complet, une erreur généalogique. Le seul enthousiasme que j’ai trouvé à la vivre ces six derniers mois est de chercher, et de trouver, le meilleur moyen d’y mettre un terme. Jusqu’à présent, ça n’a pas été une réussite. Pourtant, je ne peux me permettre de rater ma mort comme ma vie. Je dois réussir et déjà, j’ai ma petite idée pour y parvenir. Le nez dans mon verre, je souris.

La nuit passe, la journée fait de même. Pas un sursaut dans ce quotidien si bien huilé, redondant, pathétique. Peut-être un bonjour à un collègue, un « oui monsieur » à mon chef de ligne. Le train-train laborieux d’un ouvrier sans relief. Enfin, le soir est là et je pars m’offrir un dernier plaisir : me soûler copieusement.

Ma voiture garée au parking souterrain, je déambule dans les rues de Rouen. Sans but précis, je passe la rue Saint-Lô, comprimée entre les masses écrasantes du Palais de Justice et de l’Espace du Palais, traverse la rue des Carmes et m’engage dans la rue Saint-Nicolas. Sous la lumière orange des réverbères, inséparable des nuits citadines, j’admire les façades hors d’âge tout en m’évertuant à ne pas trébucher sur les pavés inégaux.

Mes yeux frôlent les vitrines des magasins fermés sans s’y arrêter. Qu’elles soient protégées par de lourds rideaux de fer ou non, les babioles exposées ne m’intéressent pas. Pour la plupart, je n’ai ni les moyens de me les payer, ni le besoin de les posséder. A quoi bon encombrer mon cercueil de joujoux consuméristes ? Mon cadavre suffira amplement.

Par la rue des Chanoines, venelle étroite et sombre, j’arrive rue Saint-Romain. Je la remonte jusqu’à la place de la cathédrale. Si le bâtiment est magnifique, ce soir, il ne m’évoque rien qu’un tas de pierre. J’avance et pénètre dans le premier bar. Il y règne une ambiance clame, presque feutrée, qui me convainc de m’accouder au zinc et de commander une pression. A peine trois gorgées et le serveur pose un nouveau verre devant moi. Il a compris à ma mine pourquoi je suis là et semble ne rien avoir à y redire. Après tout, le client est roi.

Pour réaliser mon plan, deux préalables sont nécessaires : l’ivresse pour contrer ma guigne et une heure suffisamment avancée pour éviter qu’un passant ne se sente soudain l’âme d’un bon samaritain et ne vienne me secourir à l’instant capital. Les verres s’enchaînent, leur teneur en alcool va crescendo. Le troquet finit par fermer. Je titube quand le serveur me décroche du bar. Je l’informe : « Je suis bourré ». Il me traine dehors puis claque la porte. Comme le formol pour les organes, l’alcool a conservé intacte ma détermination. Le pas chaloupé, je me dirige vers la Seine.

La rue Grand Pont derrière moi, je m’engage sur le pont Boieldieu. Mes doigts glissent amoureusement sur le parapet métallique, mes yeux brillent une dernière fois aux lumières de la tour des archives. Malgré leurs tentatives pour se faire trébucher l’une et l’autre, mes jambes finissent par m’amener au milieu de l’ouvrage, à l’endroit où la distance entre l’eau glaciale du fleuve et moi est la plus grande. Les mains bien à plat, le corps pris de roulis éthyliques, je contemple les reflets de la ville sur la noirceur de la Seine. J’inspire à fond.

Avec une efficacité surprenante et un style des plus déconcertants, je m’assieds sur le garde-corps, dos à mon destin. Je vérifie que personne ne traine dans les parages. Rassuré, je ferme les yeux. La sensation, fantasmée, des eaux se refermant sur moi, avides d’aspirer ma chaleur, chasse toute autre pensée. D’une poussée, je bascule dans le vide.

Comme dans un mauvais film américain, la chute dure une éternité, un ralenti interminable pour souligner le tragique de la situation avant l’issue fatale : l’atterrissage. Je sens enfin mon dos heurter le mur d’eau froide qu’est la surface du fleuve après une chute de plusieurs mètres. Je m’enfonce. Adieu !

J’ouvre les paupières. Du sable me brûle les yeux. Je veux crier. Il remplit ma bouche. Je me redresse, crache à en vomir — d’ailleurs je vomis — me frotte les yeux, ne réussissant par ce geste instinctif qu’à les irriter un peu plus. Je tente de me relever et grimace. Mon dos n’est que douleurs et j’ai la désagréable et cuisante impression d’être dissymétrique. Ma nuque me lance, ma tête bat à l’unisson du rythme effréné de mon cœur. Qu’est-ce que c’est que cette mascarade ? J’ai l’impression qu’un piano m’est tombé dessus et pourtant, c’est moi qui suis tombé. D’ailleurs, je ne devrais même pas pouvoir me poser cette question, ni ressentir quoi que ce soit. Je devrais être mort à présent.

Déboussolé, je tourne la tête de droite et de gauche. Je remarque les quais bas défiler. J’avance. Je ne bouge pas et pourtant j’avance. Je baisse les yeux. Mes pieds sont enfoncés dans des tonnes de sable. Le temps de comprendre, j’entends la voix d’un homme qui me hèle du bout de la péniche, ses bras gesticulant à côté du poste de pilotage. Je le regarde sans saisir ses mots. Je crois bien qu’à ce moment ma santé mentale en a pris un coup. Je me mets à rire jusqu’à pleurer. Même les ponts me contrarient ! Le bateau ralentit et se rapproche de la berge. Un homme se matérialise à mes côtés, me pose des tas de questions auxquelles je réponds soit d’un geste flou, soit d’un rire dément. « Vous allez bien ? » ose-t-il me demander ! Mon corps ne serait pas si endolori, j’aurais un minimum de talent au combat à mains nues, je lui casserais la figure. Mais je n’ai rien de tout ça alors je me contente de rire à m’en écorcher la gorge.

Le batelier me dépose sur les quais bas rive gauche, heureux de voir ce visiteur à moitié dingue s’éloigner de son embarcation. Il aura une sacrée anecdote à raconter à ses copains. Moi je n’ai plus rien. Les vêtements à moitié déchirés et couverts de poussière, le corps une toile cubiste, la mine dévastée, je rentre à la maison. Il y a un grand vide en moi. La seule chose qui me fait tenir depuis plus de six mois est restée sur la péniche. Je ne ressens plus cette urgence, ce désir impérieux de quitter ce monde. Je n’ai plus aucune raison de vivre et de le constater n’arrange pas la gueule de bois qui m’accompagne. Que vais-je devenir ?

 

Trois mois passent…

 

Je trépigne d’impatience. Un vrai gosse. Je suis là, mes billets bien en main, à faire la queue pour embarquer sur le vol XJ 2532. Destination : la Thaïlande ! Je n’en reviens pas d’être à Charles de Gaulle. C’est gigantesque ! Je me sens tout petit et en même temps immense comme le monde qui s’ouvre devant moi. On m’a dit le plus grand bien de ce pays, enfin les commentaires sur les forums étaient très positifs. En plus, il est dit partout que la vie n’est pas chère là-bas. Parfait. Je n’ai pas beaucoup d’argent mais mon envie, toute neuve, de profiter au maximum des années à venir me prédit que la Thaïlande est le premier voyage d’une longue série.

Le lendemain de ma dernière tentative de suicide, ratée comme les autres, j’ai décidé de tout changer. La mort ne me voulait pas, la vie devra me supporter. J’ai démissionné sans remords, envoyé le préavis pour quitter cet appartement, ce taudis devrais-je dire, dans lequel j’ai végété trop longtemps. J’ai quarante ans, il est temps pour moi de voir le verre à moitié plein et de le remplir jusqu’à ras bord.

La file avance vite. L’hôtesse au sourire commerciale, impeccable à l’entrée de l’avion, m’indique ma place. Docile, je suis ses instructions et m’assois sur le siège somme toute confortable de cette compagnie à bas coût. Quelle opportunité ! J’ai payé mon billet deux fois moins cher que partout ailleurs.

Je ne sais si c’est à cause de mon départ ou de cette ristourne mais mes joues commencent à me faire mal. En effet, ça fait deux jours qu’un sourire niais s’accroche à mon visage sans rien pouvoir y faire. Apparemment, c’est la seule façon pour mon cerveau d’exprimer la joie enfantine que je ressens, un vrai gamin qui découvre le jouet tant attendu au pied du sapin. Pourtant, je ne me souviens pas avoir connu ça à un noël. Qu’importe ! Pour la première fois de ma vie, je prends l’avion. Pour la première fois de ma vie, je quitte la France. Pour la première fois de ma vie, je suis heureux.

 

Dépêche AFP

Dans la nuit de vendredi à samedi, 22 heures heure locale, au-dessus de l’Océan Indien, le vol XJ 2532 reliant Paris à Bangkok s’est abîmé en mer. Sur les 144 passagers et 8 membres d’équipage, il n’y a aucun survivant. Repêcher les boîtes noires, localisées en grande profondeur, va s’avérer très difficile.

[Interdit aux -18] Le couple idéal (comédie maritale) par Monsieur G

Après un dernier coup de volant et une marche arrière bien droite, Denis gare enfin sa voiture. Il coupe le contact. Ses yeux vagues ne distinguent rien derrière le pare-brise. Il pose ses mains sur le volant, à dix heures dix, les fait tourner sur le cuir. Il incline la tête entre ses bras tendus, souffle un grand coup puis inspire lentement. Par deux fois, il réitère ce manège avant de redresser le cou.

— Allez ! S’encourage-t-il avec une tape sur le volant.

En ouvrant la portière, il prend soin de ne pas heurter le véhicule voisin puis se faufile jusqu’au coffre. Il en sort sa valise, grise et rigide, d’un modèle qu’on peut conserver dans les cabines d’avion. Il est rassuré par l’affolement des clignotants et le rabattage automatique des rétroviseurs. La voiture est verrouillée.

Accompagné par le bruit des roulettes sur le bitume, il se rend à la porte de son immeuble. Sa clé magnétique contre l’interphone débloque le panneau d’acier et de verre. Sans un regard aux boîtes aux lettres, ni aux plantes en plastique censées égayer le hall, il entame l’ascension de l’escalier.

Il pourrait très bien, en homme pressé et moderne, céder à la facilité et prendre l’ascenseur. Mais il n’a que deux étages à monter et il se plaît à croire que deux volées de vingt-une marches lui permettent de garder la forme. Peut-être est-ce grâce à elles qu’il n’est pas encore (trop) ventripotent ?

Comme à chaque fois, il appréhende un peu. Pourtant, il ne devrait plus ressentir aucune gêne, aucun tracas tant cela est devenu habituel. La comédie de l’homme qui rentre du travail, il la joue quotidiennement. Sur le palier du premier, il s’en convainc : il est comme les artistes. Il a le trac avant d’entrer en scène.

Bien droit devant la porte de son appartement, il carre les épaules. Il émet plusieurs souffles courts, remue la tête pour étirer sa nuque. Après une profonde inspiration, il enfonce la clé dans la serrure.

Denis passe l’entrée en coup de vent, à peine un geste pour déposer ses clés sur la console. Dans le salon, sa femme l’a entendu. Elle se lève et s’approche de lui.

— Bonjour chéri. Ton séminaire s’est bien passé ?

En un clignement de cil, il se refait le film des trois derniers jours.

La cambrure de Sandrine, si prononcée lorsqu’il était derrière elle, dans la salle de bains. Lui les mains sur ses hanches, elle les siennes sur le rebord du lavabo, leurs yeux rivés les uns aux autres par le truchement du miroir. Les orteils de Cindy qu’il se plaisait à mordiller tandis que ses talons d’Achille s’appuyaient contre ses épaules. Il a encore à l’oreille le couinement étrange qu’elle émettait chaque fois que son sexe quittait le fourreau humide de son vagin avant d’y pénétrer à nouveau d’un coup de rein sec. La bouche d’Elise, douce et humide. Sa langue sauvage sur son gland et ses lèvres goulues de plus en plus proches de son pubis à chaque aspiration. La volupté de la voir déglutir après l’éjaculation.

Ses agréables souvenirs ne le laissent pas indifférent. Son sang afflux dans le corps caverneux et son boxer se tend. Il apprécie cette semi-molle inopinée.

— Tout s’est très bien passé. Tu sais, c’est toujours un peu ennuyeux ces séminaires mais que veux-tu, c’est le boulot. Et toi ?

*****

Claire finit d’étirer ses cils avec le pinceau de son mascara. Elle reconnaît le moteur qui vient de s’arrêter en bas, sur le parking de l’immeuble. Un coup d’œil par la lucarne confirme son intuition. C’est bien son mari.

Elle vérifie dans le miroir de la salle de bains la bonne tenue de son maquillage. Ses cheveux sont bien en place. Elle soulève les épaules de son vaporeux chemisier pour qu’il s’ajuste parfaitement à son buste. Elle ferme un bouton supplémentaire et cache par ce geste sa gorge plantureuse. Nerveuse, elle lisse sa jupe, de la taille aux genoux.

Que lui arrive-t-il ? Ce n’est pas dans son caractère d’appréhender. Les événements arrivent, quoi qu’on fasse, alors à quoi bon s’en inquiéter ? Surtout que ce n’est pas la première fois que Denis rentre de séminaire. C’est même devenu une habitude.

Alors pourquoi ressent-elle ces papillons dans le ventre ? Le trac. Serait-elle une artiste qui, malgré avoir jouée mille fois la même pièce, continue d’avoir la trouille avant de monter sur les planches ? L’idée lui plaît.

Elle éteint la lumière de la salle de bain, allume celle du salon et va s’asseoir dans un des deux larges fauteuils tout en courbes, accueillant. Le cuir craque lorsqu’elle croise les jambes. La clé tourne dans la serrure. Elle se redresse. Son mari débouche de l’entrée. De le voir, elle ne peut s’empêcher de repartir en arrière, de se refaire le fil des trois derniers jours.

La main calleuse du jeune plombier qui lui soutenait la cuisse alors qu’il la prenait contre le mur de l’entrée, ses coups de reins plein d’impatience. La langue experte de Roger qui, délicatement, remontaient ses lèvres trop sensibles jusqu’à venir exciter son clitoris, et les frissons qui galopaient le long de sa colonne vertébrale, du coccyx à la nuque, à chaque frôlement. Le sexe impressionnant d’Armand, la crainte excitante de l’étroitesse quand elle le guidait jusqu’à son vagin, la plénitude de le sentir au plus profond d’elle lorsqu’elle le chevauchait sur le canapé. Le goût si particulier du sperme d’Edouard, qui toujours partait en trois jets puissants au fond de sa bouche. Et les soubresauts énergiques, presque amusants, de ses bourses à chaque décharge.

Ses agréables souvenirs déclenchent une onde délicieuse le long de son échine. Des picotements s’épanouissent derrière son pubis. Pour masquer son trouble, elle se lève.

— Bonjour chéri. Ton séminaire s’est bien passé ? S’enquiert-elle poliment.
Il met une seconde à répondre. A le voir perdu dans ses pensées, elle le trouve bien moins séduisant que le jour où elle a décidé de répondre « oui » à sa demande en mariage. Le temps n’a pas été si dur avec lui, il reste un assez bel homme, mais il n’a pas été tendre non plus.

— Tout s’est très bien passé. Tu sais, c’est toujours un peu ennuyeux ces séminaires mais que veux-tu, c’est le boulot. Et toi ?

— Rien d’extraordinaire. Le train-train habituel.

Ils s’embrassent. Par ce geste, dénué de passion mais non de tendresse, chacun rentre dans son rôle. La parenthèse de ces trois jours se clôt, l’hypocrisie amoureuse reprend ses droits. Personne ne connaît le texte de l’autre et pourtant, chacun des acteurs jouent la pièce de théâtre, leur vie en fait, à la perfection.

Le point de Monsieur G

Samedi 23 décembre. Dernier jour, dernier sprint dans le marathon consumériste des cadeaux de Noël. Dans les rues de la ville, c’est la foule des grands jours. Les pavés claquent au rythme des pas frénétiques des inconséquents, pressés par l’urgence de n’oublier aucun nom sur la liste. Cette année, même la fille du dernier copain de cette cousine éloignée aura le droit à sa breloque. Les infos disent que l’économie va mieux, profitons-en !

Ça se bouscule avec l’œil furieux mais le sourire aux lèvres, ça bave devant les vitrines de pâtissiers à l’imagination écœurante, ça se contraint à la courtoisie face à la rudesse d’une vendeuse harassée. C’est Noël !

Pourtant cette année, je ne sais pas, il manque un truc. Peut-être la fameuse magie de Noël n’est-elle pas là ? Où est-ce ce ciel gris uniforme, ces fines gouttelettes perlant sur les manteaux et les visages, ce redoux incongru (10°C fin décembre !) ? Il y a bien les illuminations au-dessus de nos têtes, ici un flocon d’une blancheur LED, là un traineau débordant de cadeaux. Les devantures des magasins sont couvertes de guirlandes multicolores, des sapins fatigués de porter depuis un mois des boules rouges et dorées ornent leurs entrées. Tout y est.

Pourtant, je ne suis pas dedans. Je me sens comme un spectateur au théâtre. Je suis dans la salle, je reçois l’énergie des acteurs, je souris ou pleure de leurs frasques mais je n’y prends pas part. Elle est juste là, à deux pas de moi, sur la scène. Toutefois, je reste extérieur à toute cette exaltation. Alors plutôt que de me forcer, de mimer un état d’esprit à des années-lumière de moi, je me prends au jeu de l’observation.

Dans la file pour récupérer ma commande au fond de la FNAC, un grand type, manteau noir, barbe de trois jours soigneusement travaillée, se lamente derrière moi de la longueur de la queue. Il enrage d’avoir déjà payé sa camelote et de devoir quand même poireauter. Il pensait esquiver la longue attente à la caisse, ne pas devoir emboîter le pas de la cinquantaine de personnes faisant le pied de grue dans cette file aussi tortueuse que celle d’une attraction à Disneyland, chemin sinueux tracé entre des présentoirs débordant de petites conneries propices aux achats de dernière minute.

Pour ne pas geindre en solitaire, il téléphone. Mais il ne plaque pas son smartphone à son oreille, ne prend pas une voix feutrée pour donner une touche de confidentialité à sa communication, non ! Trop commun. Monsieur enclenche le haut-parleur, s’enguirlande à moitié avec sa rombière à l’autre bout du fil, la voix de celle-ci claire comme si elle était avec nous. Altruiste, monsieur fait profiter tout le monde de sa conversation. Si au départ il éructe, fait le coq, les mots de sa bergère cinglent et finissent par lui faire rabattre son caquet de mâle prétendument dominant. Elle ne lésine pas sur les superlatifs pour lui signifier combien il est pénible, qu’elle l’attend dehors « comme une conne » et se plaint vertement que s’il ne se « bouge pas le cul », sa mise en plis va finir noyée sous la bruine et qu’elle « ne ressemblera plus à rien » le soir du réveillon.

Au départ gêné par ce manque d’urbanité, mon envie de lui signaler qu’on n’en a rien à battre de sa vie s’efface vite devant la cocasserie de la situation. Je ris sous cape lorsqu’il informe sa nana que le haut-parleur est activé. Elle baisse d’un ton, gênée un peu, énervée surtout de s’être donnée en spectacle. On comprend alors pourquoi il l’a appelé de la sorte : vindicative, madame semble mettre de l’eau dans son vin en société. Il avait l’air fringuant ce type, sûr de lui, solide, pourtant, face à sa bonne femme, il est tout penaud, on dirait un gamin pris la main dans le sac. Pauvre gars. J’ai presque envie de la plaindre et de lui faire part de ma sollicitude. Trop tard, le gilet FNAC s’approche et je lui tends mon bon de commande.

Je sors du centre commercial. A moitié dans la lune, pas encore totalement remis de l’altercation conjugale, je ne fais pas attention au sens de circulation de la foule qui se presse dans l’entonnoir de la porte automatique. Aux esquives in extremis des uns et aux yeux courroucés des autres, je comprends que je grippe l’incessant va-et-vient, que je fais perdre des secondes précieuses à ces consommateurs avides. Pas démonté pour deux sous, je soutiens leurs regards. Qu’est-ce que ça peut leur foutre que je ne suive pas le troupeau ? Ça les défrise qu’il y ait un mouton noir au milieu des toisons blanches de l’instinct grégaire ? Qu’ils se rassurent, elle sera toujours là la merde qu’ils veulent acquérir pour satisfaire les desiderata de leur progéniture bouffie à force d’être pourrie gâtée. Mince, voilà qu’une pointe d’aigreur vient me polluer l’esprit.

Dans les rues, les sacs alourdissent les mains. On voit aux logos imprimés dessus les budgets de chacun. Sur celui-ci, le nom d’un grand couturier. Sur celui-là, l’enseigne d’une friperie à la mode. Pour les premiers, la valeur de leurs offrandes se mesure à l’argent dépensée. Pour les seconds, elle se mesure au temps passé à dénicher un brin d’originalité. On comprend bien que si le principal est d’offrir, tout le monde ne se contente pas d’un simple geste. Cette femme par exemple, emmitouflée dans son vison inutile dans la douceur humide de l’air : a-t-elle acheté ce carré Hermès pour faire plaisir ou pour montrer son statut social ? Je l’imagine presque feindre d’avoir oublié le ticket de caisse dans le sac afin de bien montrer au destinataire du cadeau tout le fric qu’elle a claqué pour lui. Dans ce mécanisme de don/contre-don actionné à Noël, elle veut être la créancière des attentions futures.

Bah… si elle préfère au plaisir d’offrir la joie vulgaire de jeter à la gueule des autres l’étendue de sa richesse, c’est son problème. Noël reste une grand-messe sociale, chacun se doit de tenir son rang, de jouer son rôle.

Il me reste deux cadeaux à faire. Pas d’idée. Je croise la devanture clinquante d’un chocolatier. Allez ! Pourquoi pas ? Va pour des friandises.

Le magasin est bondé. On se croirait le jour d’ouverture d’un musée, certainement le seul jour pour ce type d’institution où la capacité d’accueil parait trop juste. Tout le monde se presse devant les présentoirs et lit les étiquettes avec l’excès d’attention du connaisseur. A la queue leu-leu, le petit train des clients tourne lentement autour de la vitrine centrale où s’exposent les chefs d’œuvres, les joyaux chocolatés ciselés par les mains d’un artisan zélé. Les vendeuses (à croire que tous les magasins s’imaginent que les femmes font plus vendre que les hommes) ne savent plus où donner de la tête. La mienne est prise de vertige devant les prix. Quatre euros le marron glacé, plus de cent euros le kilo de ces petites crottes en chocolat. Ce n’est pas une chocolaterie mais une joaillerie ! D’ailleurs, les créations sont exposées comme des parures.

Dans son uniforme jaune et marron, aux couleurs de la maison séculaire, une vendeuse s’approche de moi. Devant mon air déconfit, elle me sert son plus beau sourire et me fait l’article. Elle a bien appris ses fiches. J’ai l’impression d’entendre un automate. La courtoisie commerciale accrochée à chacun de ses gestes, elle réussit à orienter mes choix et je me retrouve à la caisse. Je n’ai pas vraiment compris comment elle s’y était prise seulement, une fois dehors, c’est un sac joliment bombé qui pend à ma main. Sur le bout de la langue, j’ai le goût amer de m’être fait entourlouper.

C’est ça aussi Noël, une grande fête commerciale où le client apparait comme le bienheureux de la crèche. Un peu bêta, pressé par le temps qui vient à manquer et l’impatience de liquider sa liste de nom, il se fait balader par les mots habiles des boutiquiers pressés, eux, d’exploser leur chiffre.

Tout ça, c’est un peu Noël, la naïveté en moins. Enfant, nous sommes éblouis par l’éclat des lumières, charmés par le chatoiement des couleurs. L’impatience de trouver aux pieds du sapin tout les beaux joujoux que nous avons commandés rend cette période plus vive, plus belle. Adulte, tout devient plus terne. On distingue les arrière-pensées, on remarque la fausseté des sourires et pour autant, on se jette tout de même dans ce bal des hypocrisies. Non, décidément cette année, je ne suis pas dedans.

Joyeux Noël !