Laisse les corbeaux voler

C’est ce que me disait mon grand-père à chaque fois que l’on se réunissait.
Sur le perron, en face du champ, lui avec sa bière, moi avec mon verre de lait.
Je les faisais fuir en criant et il me disait de les laisser voler, de les laisser tournoyer.
Un mouvement de plumes noires et luisantes, en spirale autour d’un décès.
Le destin funeste d’un animal est accompagné d’un magnifique et funeste ballet.
Derrière cette laideur macabre, ce rassemblement de bêtes noires, se cachait,
l’expression incorruptible et impartiale, de cette nature dévoilant sa beauté.
Autant de vies autour d’un point mort seraient plutôt que victoire assumée,
une renaissance en force, écrasant et stoppant ce deuil trop longtemps prolongé.
Mon grand-père voyait l’élégance en chaque être vivant, mais pas en chaque mentalité.
L’animal méritait sa place qu’il soit le meilleur ami de l’Homme ou qu’il soit laid.
Laisse les corbeaux voler, ils sont aussi beaux que le geai des chênes mille fois coloré,
ou que la chauve-souris prenant place dans le ciel chaud, un soir d’été.
Les années ont passé, et j’ai fini seul assis sur le perron délabré.
Des oiseaux de mauvais augure, j’ai respecté le fait de les laisser voler.
Pourquoi ne devraient-ils pas exister? Vivre leur vie et prospérer?
Alors je les laisse voler et tournoyer, pour achever ce deuil trop longtemps prolongé.

Rémi

Guérison?

Les gens passent autour de lui et le dépassent.
Des trouble-fêtes, des ennemis, des inconnus qui s’entassent.
C’est un misanthrope moderne, faux sociable, et terriblement seul dans sa carcasse.
Tel un animal sauvage blessé par l’être humain, il se cache plutôt que de faire face.
D’une déchetterie de rancœurs, de peurs et de monstrueuses grimaces,
il s’est construit une abominable armature qu’il nomme à regret, carapace.
Ce sont des pansements nocifs, recouvrant des blessures formant déjà des crevasses.
Chevalier de la vie, il se vante d’avoir vaincu le monde auprès de la populace,
tandis que germe en lui une terreur de la peur elle-même, cet ennemi vorace.
Jeune être vivant léger et galopant vers le lointain espace;
Il est maintenant trop lourd, malgré le courant ascendant, pour remonter à la surface.

Rémi

L’âme grise par M.

Envie d’air, de grands espaces vides et vierges. Seulement la nature, la gifle du vent, et les cris de l’océan pour sentir le bouillonnement de la vie vous transpercer de toute part.

Se laisser prendre et surprendre par la transcendance des éléments, hurler son désir de liberté, jouer avec le feu, l’air, l’eau et la terre.

A la nuit tombante, se laisser griser par les effluves salines et faire l’amour le nez dans les étoiles. Exulter enfin d’allégresse avant le dernier saut du haut de la falaise princière qui regardera le minable corps s’échouer à ses pieds de colosse.