Silence

Il y a des jours comme ça
Des mois des lunes
Où on ne veut plus rien voir
Plus rien entendre
Plus rien ressentir
Assécher peu à peu le lit de la vie
Éteindre totalement l’envie
Se couler dans l’abîme,

Car
Tout est noir
A attendre la fortune.

Il y a des heures comme ça
Des minutes des instants
Où le vide nous surprend
Nous absorbe
Nous broie
Et parée du voile de l’absence
L’âme flotte sur l’écume rance
Des souvenirs ardents,

Car
Un silence
Vaut mieux que tous les boniments.

Le chant du cygne

Le cœur bégaye
Dérisoire, hasardeux.

De tribulations nocturnes
En espoirs fugitifs,
A la lumière blafarde d’une enseigne
Il trébuche et se raccroche.

De conversations frivoles
En connections futiles,
Dans l’ombre de tous ces regards de braise
Il s’éparpille, se liquéfie.

Il a des maux qu’on n’avoue pas,
Orgueilleux, solitaires
Qu’il traîne dans les rues vides d’après-minuit,
Un Sisyphe à son rocher assujetti.

Et s’il y avait une sirène,
Un phénix pour le sauver,
Pauvre fantoche déboussolé !

Le sang hurle dans ses artères
Fatal, infernal, démoniaque
Mais les mots restent là,
Coincés entre deux rires.

Avant le chant du cygne.

Sens dessus dessous

Le monde a chaviré comme ça, en pleine nuit, 
Sans crier gare.
La tête en bas, le cul dans les étoiles,
Même la grande bâtisse a plongé dans le bitume.
C'était un soir de pleine lune.

Poussière scintillante,
Déferlantes de fragments,
Vestiges du grand vertige,
Âmes sensibles s'abstenir.

A travers le kaléidoscope, tout s'est désagrégé,
Il n'y avait plus qu'à pêcher les larmes,
Du bout des lèvres embrasser le noir
Et se laisser bercer par le brouillard.
C'était un soir de désespoir.

D'égarements en déraison,
De déroutes en vésanie,
L'esquif soudain s'abîme, 
S'écrase, comme ça, sans crier gare,
Sur les flancs acérés des écueils.
C'était un soir...
... un soir de deuil.