De guerre lasse

Ils se sont aimés en silence
Chacun d’un côté de la frontière


Il a cueilli ses errances
Près des bombes et de la guerre
Elle a glané ses regards
Fait fi des larmes et des cris


Mais l’Histoire a rattrapé leurs égards
Et puis,


Sur leurs ridicules stèles de pierre
Les bouquets ont pourri
Laissant germer la rancœur et l’oubli
Pour qu’en ce jour sans lumière


Agonisent les rêves.

      

 

Silence

Il y a des jours comme ça
Des mois des lunes
Où on ne veut plus rien voir
Plus rien entendre
Plus rien ressentir
Assécher peu à peu le lit de la vie
Éteindre totalement l’envie
Se couler dans l’abîme,

Car
Tout est noir
A attendre la fortune.

Il y a des heures comme ça
Des minutes des instants
Où le vide nous surprend
Nous absorbe
Nous broie
Et parée du voile de l’absence
L’âme flotte sur l’écume rance
Des souvenirs ardents,

Car
Un silence
Vaut mieux que tous les boniments.

Le chant du cygne

Le cœur bégaye
Dérisoire, hasardeux.

De tribulations nocturnes
En espoirs fugitifs,
A la lumière blafarde d’une enseigne
Il trébuche et se raccroche.

De conversations frivoles
En connections futiles,
Dans l’ombre de tous ces regards de braise
Il s’éparpille, se liquéfie.

Il a des maux qu’on n’avoue pas,
Orgueilleux, solitaires
Qu’il traîne dans les rues vides d’après-minuit,
Un Sisyphe à son rocher assujetti.

Et s’il y avait une sirène,
Un phénix pour le sauver,
Pauvre fantoche déboussolé !

Le sang hurle dans ses artères
Fatal, infernal, démoniaque
Mais les mots restent là,
Coincés entre deux rires.

Avant le chant du cygne.