Le point (philogyne) de Monsieur G.

Je panse mon âme aux lèvres des femmes. Cette phrase m’est venue au feu rouge.

Certains chassent leurs idées noires dans la religion, se couvre la tête de sentences vieilles de milliers d’années jusqu’à s’en abrutir et oublier leurs doutes. Je préfère dissiper les miens dans la volupté féminine, je les brûle dans la flamme de l’exaltation amoureuse.

S’il nous est tout spécialement destiné, le regard d’une femme mettra un terme à notre désarroi bien plus sûrement que les yeux agonisants d’un maigrichon accroché à sa croix au-dessus d’un autel de pierre froide comme la mort. Il a beau être fait d’or et d’argent, il ne fera jamais bondir notre cœur comme sait le faire une œillade fugitive.

La courbure d’une hanche offrira plus de confiance en l’avenir, en notre potentiel à le soumettre à nos desseins que la certitude tronquée d’une vie éternelle après la mort. D’ailleurs, qu’est-ce qu’on pourrait bien en foutre d’une éternité ? Si elle abat la pulsion de mort qui nous anime. Si elle brise la certitude de notre finitude, source de tous les plaisirs, de toutes les passions. Il n’y aurait plus d’intensité, plus aucune puissance dans le vécu si venait à disparaître ce sentiment presque angoissant d’éphémère.

L’éternité promise, c’est le gris assuré à l’infini, l’ennui permanent, la mort dans la mort. Les femmes sont le rouge de la passion, il réchauffe, il brûle même ; le noir du désespoir et de l’oubli entre leurs bras ; le blanc des plus nobles sentiments. Elles sont un monde de couleurs vives, trop vives même, et nos yeux ignorants peinent à les embrasser dans leur ensemble. Leur totalité est pour nous, bêtes mâles, bien trop vertigineuse. Elles flamboient là où les grenouilles de bénitiers se consument en une vaine idolâtrie.

Et que dire de leurs mots ? Quel homme ne s’est jamais surpris à les boire telle la plus claire des sources ? Évidemment, écouter une femme c’est aussi, et il faut en convenir avant tout la dévorer des yeux. Souvent d’ailleurs, nous sommes plus fascinés par le mouvement de leurs lèvres que par leur verbe, par l’apparition furtive de leurs dents plus ou moins blanches, plus ou moins bien alignées. Les rides aux coins de leur bouche, sur le bord de leurs yeux sont un discours à elles seules.

Au-delà des mots, c’est tout le phrasé du visage que nous écoutons, que nous tentons, généralement en vain, de déchiffrer. Et la force des regards lorsque, embrasées, elles parlent enfin de ce qui leur tient à cœur ! Nous avons alors le plus grand mal à soutenir leurs pupilles enflammées. Pourtant, ils nous fascinent. Pire, ces regards là nous hypnotisent autant que la voix, que le ton sur lequel les mots filent. Assurément, ils nous rendent plus docile qu’un déhanché endiablé, tout juste bon à nous faire retourner à l’état animal, nos couilles pour seul encéphale.

En réalité, ce ne sont pas tant les paroles mais les sensations qui comptent véritablement dans une conversation, les messages silencieux transmis sur l’onde des mots. Converser avec une femme dépasse le cadre stricte de la syntaxe pour entrer dans le champ du ressenti, de l’affect, loin de la raison et de son étroitesse cartésienne si française.

Tout ça peut paraître éminemment misogyne. Mais rien ne dit que les femmes ne ressentent pas la même chose. Ça l’intéresse vraiment, le premier soir, et le second si j’ai de la chance, mes histoires de boulot ou les situations cocasses que je m’efforce de lui servir pour la faire rire ? Tout comme moi elle cherche à vivre, à se sentir vivante au contact de l’autre, du pendant masculin de son humanité. Et la vie n’est-elle pas avant tout une question de sensations ?

Oui, il faut l’avouer, nous les hommes favorisons souvent la forme au détriment du fond. Les culs bénis aiment les offices grandioses pour croire vivre quelque chose de prodigieux, bercés d’évidences fallacieuses balancées par un corbeau plus ou moins bien attentionné. Pour les mêmes raisons, j’aime les moments passés avec les femmes. Chez moi, à l’inverse, les doutes sont rarement remplacés par des certitudes.

Amen.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.