Le point sportif de Monsieur G.

Existe-t-il réellement plus belle activité que le sport ? Objectivement, oui. Néanmoins, si je pars dans cette direction, je vais vraiment galérer pour écrire quoi que ce soit sur ce sujet et vais finir par griffonner sur les bons plans restos ou le dernier endroit à la mode pour boire des tisanes. Comme ça me tente moyennement, on va dire qu’on a rien entendu. Je reprends. La plus belle activité du monde, voire de tout l’univers (c’est un peu exagéré mais maintenant je suis lancé), c’est le sport.

Ah ! Les joies du sport ! Elles sont nombreuses pour nous amener à avoir un esprit sain dans un corps sain. Je ne vais pas ici m’amuser à en établir une liste exhaustive, ce serait franchement barbant, mais il y en a quelques-unes qui méritent d’être signalées.

La première, la plus évidente, c’est le goût de l’effort. Ne sommes-nous pas aux anges lorsque nous sentons nos muscles se tendre au moment de lancer le premier pas d’un footing ? D’appuyer sur la pédale de notre vélo ? D’entamer la première brasse ? On sent soudainement notre corps prendre vie. Nos tendons s’étirent, nos muscles se contractent, notre pouls s’accélère. On ressent un rare contrôle sur nous-même. Effectivement, on peut décider d’y aller comme un forcené ou au contraire, avec délicatesse. On se grise en s’imaginant gérer notre dépense énergétique, maîtriser notre effort. Comme c’est agréable !

Bon, je vous rassure, cette sensation ne dure pas. Très vite, le sentiment de plénitude cède le pas à la désillusion. Notre corps devient un ennemi à combattre. « Pourquoi me fais-tu souffrir à ce point ? » A-t-on envie de lui demander. Très vite une autre interrogation, à la limite de la métaphysique, s’imprime dans notre esprit : « pourquoi je m’inflige ça ? »

Ce matin, tout guilleret de voir le soleil briller, je sens un excès de motivation me gonfler le cœur. « Si j’allais faire du vélo ? » La bonne idée ! Plein d’enthousiasme, je me mets en condition vestimentaire et mentale. Je sors l’engin, le dépoussière de son hiver passé dans la cave et, la bouche en cœur, presque en sifflotant, je m’élance sur les routes l’esprit léger.

Cent mètres plus loin, j’éprouve nettement la rouille déposée sur mes articulations, mes muscles, mes ligaments après six mois d’hibernation. Mais il en faut plus pour attiédir ma résolution et je continue vers la forêt. Déjà en nage, les cuisses révoltées du traitement que je leur impose sans préavis ni préparation, je quitte le bitume et m’engage sur des chemins zigzaguant entre les arbres. Mi caillouteux, mi boueux, ils me demandent un effort largement au-dessus de mes capacités physiques. Les mollets en feu, les bras commençant à sérieusement tirer, j’essaie de ne pas les écouter et poursuit ma route. « Tout est dans la tête » ne cessent de répéter les grands champions. J’ai une tête, alors allons-y.

Après vingt minutes de ce traitement inhumain, mes poumons de fumeur me forcent à ahaner comme un âne, la bouche béante à la recherche d’air, air glacial qui me brûle la gorge et m’assèche les yeux. Un filet de bave s’échappe du bord de mes lèvres à chaque expiration impatiente, me rentre dans le bec à chaque inspiration pressée. Mon vélo, objet de tous les plaisirs du sport fantasmés une demi-heure auparavant, est devenu un instrument de torture que j’agonis pour me donner du courage. Mon corps n’est plus que douleurs. J’entame un mouvement et soudain mille muscles inconnus se transforment en échardes.

Le pire dans tout ça, c’est le mental. Je ne cesse de me répéter « encore » dans l’espoir de compenser ma mollesse physique par ma fermeté morale. Bref, j’en chie comme un bœuf et j’en redemande.

Enfin. Passons ces menus désagréments. Le sport, c’est tout de même le meilleur moyen de cultiver son bien-être, physique comme mental. Quelle douce sensation de sentir le dynamisme de son corps grâce aux heures passées à l’affûter. Quel plaisir de se coucher le soir la carcasse souple d’avoir tant donné. Une heure de sport et la tête se vide de ses soucis à l’unisson de notre corps vidé d’énergie. Cette sensation de flottement, le corps du coton, la tête le néant… Quel plaisir !

Oui, mais ça c’est valable pour les accrocs au sport, les dingues de la course à pieds ou les fanatiques de la fonte. Pour le commun des mortels, pour tous ceux qui subitement se figure qu’un peu de sport ne leur ferait pas de mal, le bien-être consécutif à une quelconque activité physique c’est un mirage ! Au coucher, le corps est lessivé, courbaturé d’être passé à la moulinette d’une horrible gymnastique. Si on veut se sentir bien, on va au SPA, on se paie un massage, on fait la fête. Jamais on ne va à la salle de sport pour se sentir bien, on y va parce que notre médecin nous avoine à propos de notre taux de cholestérol, parce que notre silhouette dans le miroir de la salle de bain nous fait dresser les cheveux sur la tête. C’est une contrainte et, à part pour les adeptes du masochisme, se faire mal sur un rameur, ça n’a rien de jouissif. Le bien-être, c’est un slogan publicitaire pour vendeur de poudre hyper protéiné, pour chaîne de magasin en manque de clients.

Quand je rentre du sport, le corps perclus de douleurs, à faire attention à ma démarche pour ne pas déclencher une crampe, à ne pas trop remuer les bras pour éviter qu’une décharge électrique ne me cisaille le moral, je ne vois pas trop où est le bien-être.

Flûte ! Je crois bien m’être laissé emporter par la médisance. Je laisse le stylo glisser et voilà que je m’écarte du sujet. Le sport est une joie comme Paris est une fête !

Une preuve supplémentaire ? Il est difficile quand on est 67 millions à vivre sur 550 000 km2 de rester complétement seul quand on fait du sport. Même en forêt, on finit toujours par croiser autre chose que des écureuils. Les adeptes des salles de sport (mais qu’est-ce que j’ai avec les salles de sport ?) vous le diront : le sport est aussi une activité sociale.

Pour les sports collectifs, ça coule de source. Pour que onze types courent à l’unisson derrière une balle, il faut créer du lien, faire prendre la mayonnaise de cette équipe de joueurs disparates. Pour les sports individuels, la petite activité que nous obligeons notre corps à subir, c’est moins évident. Et pourtant.

Prenez donc (allez, un exemple au hasard) une salle de sport. On compare ses biceps, on ricane du mec en train de suer sang et eau sur le vélo elliptique, on mate les fesses moulées dans leurs shorts des nanas et des gars qui courent sur place grâce au tapis de course (porte bien son nom celui-là). Que dire lorsqu’il s’agit de comparer son programme de muscu pour faire ressortir tel muscle, vous savez, celui juste en dessous de l’omoplate. « Et toi, c’est quoi ton régime de sèche ? » Forcément, à poser ce genre de questions ubuesques, à se mater les uns les autres, on finit par se faire des amis. Des ennemis aussi.

Il y a aussi la piscine. Sous le regard indifférent du maître-nageur, on avance tranquillement dans sa ligne, bien à droite pour respecter le sens de nage et ne pas gêner les autres pisciphiles. En gros, on se fait du mal sans emmerder le monde. Sauf qu’il y a toujours des emmerdeurs(ses) pour venir perturber notre petit calvaire bien à nous.

L’autre jour, à bout de souffle après trop de longueurs, je rentre dans le lard d’une vieille dondon. Elle était là, avec sa compère à ses côtés, à faire de la planche en plein milieu de la ligne. Et vas-y que je jacasse à propos du petit-fils d’untel et du dernier chemisier d’unetelle. Briser dans mon élan, élan ô combien difficile à soutenir entre mes poumons en feu et mes bras en guimauve, je ne me suis pas gêner pour vertement les engueuler et leur expliquer que si elles voulaient déverser des saloperies sur leur cercle d’amis, elles pouvaient tout aussi bien le faire au café du centre nautique. Vous me direz, je n’ai pas vraiment créé du lien sur le moment. Qu’importe ! Cette anecdote est une preuve supplémentaire pour affirmer cette phrase : le sport est une activité sociale.

Non, décidément, le sport est réellement une belle activité.

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