La promesse

Ce fut le tournant. La jeune femme quitta son petit bureau prête à empoigner le firmament, et ce malgré la grisaille de janvier froide et lugubre. Elle se saisit de ses nombreux sacs contenant des tas de dossiers chamarrés et d’un pas énergique, le coeur battant follement, se dirigea vers la grande salle de réunion. Pas que la perspective de cette énième table ronde la réjouît particulièrement mais parce qu’elle savait qu’elle le trouverait là, assis presqu’en face d’elle, et que son regard la ferait chavirer une fois encore. La dernière, elle se l’était promis !
Après quelques heures de palabres pendant lesquels, il faut bien l’avouer,tout son être avait été absent, uniquement concentré sur ce qui allait suivre, tous se levèrent non sans un soulagement libérateur. Elle fit de même puis s’arrangea pour sortir au grand air en même temps que lui.
Dans la noirceur de la nuit illuminée par quelques lampadaires fantomatiques dont émanait une lueur blafarde, elle s’entendit lui proposer de prendre un dernier verre pour soi-disant décompresser de cette dernière semaine harassante.
Le temps se figea alors, comme pris dans la glace, puis se craquela, et joyeusement il accepta.
C’était la fin, la fin d’une attente interminable, de celle qui envahit vos nuits et vos jours, qui vous grignote l’âme et vous caresse de façon lancinante jusqu’à imprégner le moindre pore de peau.
Ils bavardèrent.
Et rien ne se passait. Pourtant elle en était certaine, sous cette table de troquet misérable, sa jambe frôlait la sienne, tout son corps l’appelait, elle, qui soudain ne trouvait plus les mots, s’embrouillait dans des silences équivoques. Quelle lâcheté ! Quelle médiocrité !
Soudain un téléphone vibra, son téléphone à lui. Sans y toucher, il jeta un oeil vers l’écran scintillant puis expliqua presque gêné il faut que je parte merci pour ce moment très agréable. Cette phrase résonna en elle comme une leçon parfaitement calibrée, une violence animale monta alors du fond de ses tripes et en un éclair elle se vit le gifler.
-Bien sûr… bien sûr, murmura-t-elle en attrapant sa veste fébrilement.
C’était fini.

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