Laisse les corbeaux voler

C’est ce que me disait mon grand-père à chaque fois que l’on se réunissait.
Sur le perron, en face du champ, lui avec sa bière, moi avec mon verre de lait.
Je les faisais fuir en criant et il me disait de les laisser voler, de les laisser tournoyer.
Un mouvement de plumes noires et luisantes, en spirale autour d’un décès.
Le destin funeste d’un animal est accompagné d’un magnifique et funeste ballet.
Derrière cette laideur macabre, ce rassemblement de bêtes noires, se cachait,
l’expression incorruptible et impartiale, de cette nature dévoilant sa beauté.
Autant de vies autour d’un point mort seraient plutôt que victoire assumée,
une renaissance en force, écrasant et stoppant ce deuil trop longtemps prolongé.
Mon grand-père voyait l’élégance en chaque être vivant, mais pas en chaque mentalité.
L’animal méritait sa place qu’il soit le meilleur ami de l’Homme ou qu’il soit laid.
Laisse les corbeaux voler, ils sont aussi beaux que le geai des chênes mille fois coloré,
ou que la chauve-souris prenant place dans le ciel chaud, un soir d’été.
Les années ont passé, et j’ai fini seul assis sur le perron délabré.
Des oiseaux de mauvais augure, j’ai respecté le fait de les laisser voler.
Pourquoi ne devraient-ils pas exister? Vivre leur vie et prospérer?
Alors je les laisse voler et tournoyer, pour achever ce deuil trop longtemps prolongé.

Rémi

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