las…

A trop rêvé le monde s’est tu
Droit devant lui tout est glacé
Il a fini par étouffer
Se lasser des malentendus

A trop chercher le bleu du ciel
Et les sourires d’après minuit
Il s’est noyé dans l’infini
Des paradis artificiels

A trop se taire il s’est fondu
Dans les décombres du passé
Noir flou Plus rien n’a existé
Que ruines et souvenirs perdus

On mange ou on se venge ?

Robin était fier de son déguisement. Mercredi dernier, avec sa mère, il mit un temps fou à se décider. Dans le magasin de farces et attrapes de la grande zone commerciale à la sortie de la ville, il erra de rayon en rayon, essayant les masques, observant minutieusement les photographies des costumes, s’imaginant leur effet sur lui. Il devait à tout prix être le mieux déguisé de la rue pour la déambulation du trente et un. Il était en CE1 à présent. C’était un grand et il devait tenir son rang. Après trois quart d’heures d’hésitations, son choix se resserra sur deux accoutrements : ou ce masque horrible d’un monstre verdâtre avec un écrou enfoncé dans le crâne, une atroce et purulente cicatrice en travers de la gorge et des crocs en guise de dents ; ou ce masque extrêmement réaliste de squelette, intelligemment articulé pour que s’ouvre la mâchoire quand s’ouvre la bouche, mais avec un film de tissu noir pour éviter que l’on ne voit la glotte. Il finit par trancher. Non pas grâce à l’esthétisme des masques, l’un délicieusement dégoutant et l’autre divinement macabre, mais au costume. Quels vêtements porter avec le premier ? Il n’en avait pas la moindre idée. Sa mère non plus d’ailleurs. Tandis qu’avec le second, une panoplie était disponible et le transformerait en un squelette plus vrai que nature. Après une heure dans cette boutique hors-norme, ils atteignirent enfin la caisse. Robin tiqua lorsqu’il vit le montant s’afficher. Pour encourager sa mère à sortir son portefeuille, il la regarda avec dans les yeux un feu d’artifice. L’embrassant, il lui susurra un merci si véhément que la carte bancaire s’inséra dans la machine sans un grincement.

— Théophraste ! Que faites-vous donc ?

— J’observe Joséphine. J’observe.

Effectivement, il observait. Par-delà les petits carreaux de la haute fenêtre du salon, le visage à moitié dissimulé par le rideau de velours vert, il observait la rue et le cortège impie qui s’y baladait. Par groupes de trois ou quatre, des démons, des monstres, des sorcières, des morts revenus d’entre les morts circulaient librement sur la chaussée sous le regard complice de mères entièrement dévouées à leur marmaille ridicule. Lui fut élevé dans les évangiles. Il apprit à aimer Dieu et à le craindre comme le devait tous les enfants de ce père omniscient. Là, sous ses yeux, l’hérésie prenait vie. Plutôt que d’inculquer le message du Christ, de donner en exemple à toutes ces brebis égarées les vies illustres des saints, on les encourageait à revêtir les oripeaux d’apostats. Il voyait cette engeance criarde et inconséquente sautiller gaiement de porte en porte, quémandant des confiseries pour leurs corps déjà trop adipeux. Ils essayaient d’être le plus effrayant possible. Ils étaient grotesques. Alors que leurs culottes courtes auraient dû user les bancs de l’église pour effacer le pêché de leur naissance hors mariage, voilà que sous le regard bienveillant de leurs parents ils se vautraient dans le blasphème. Si sa femme n’était pas déjà là pour s’en charger, ces gamins lui donneraient de l’urticaire. Il baissa les yeux. Dans sa main, le billet du comité de quartier.

Sa hâte d’être déjà le lendemain soir fit passer à Robin une nuit agitée. Son impatience le réveilla aux aurores. C’étaient les vacances de la Toussaint et pourtant, alors que la nuit trainait encore derrière les rideaux, il se leva. Un bol de céréales en main, il s’installa dans le canapé pour regarder les dessins-animés. En haut à droite de l’écran, une citrouille au sourire sinistre lui rappelait qu’aujourd’hui, c’était Halloween. Tous les épisodes qu’il vit, peuplés de vampires rigolos ou de sorcières inoffensives, ne firent que nourrirent sa fièvre. Dix-sept heures. Il regarda la box. Huit heures treize. Cette journée allait être longue. Son père, en sortant de la salle de bain, fut surpris de le trouver déjà débout.

— Il n’y a pas de repos pour les morts.

Son père sourit en le voyant grimacer cette réponse. Il lui ébouriffa les cheveux et partit au travail. A neuf heures, il était déjà prêt. Son costume, une sorte de grenouillère noire sur laquelle étaient dessinées en recto-verso tibias et péronés, radius et cubitus, côtes et vertèbres, se fermait par l’arrière. Il éprouva les pires difficultés à en tirer la fermeture éclair. Il enfila son masque en caoutchouc, testa la souplesse de la mâchoire. Tout était fin prêt pour le grand soir. A midi, sa mère lui demanda de retirer son costume pour manger. Il fallait à tout prix éviter de le tâcher. Il hésita. Son visage en sueur et ses cheveux trempés décidèrent pour lui. Ok pour le masque mais il gardait le reste. Sa mère lui prépara son plat préféré. Avec mille précautions, il avala ses pates au ketchup et au gruyère râpé, alternant les bouchées avec son jambon sans couenne et sans morceau blanc à l’intérieur. L’après-midi passa lentement. A deux reprises, il sursauta avec un cri d’horreur lorsqu’il s’aperçut qu’un mort rôdait chez eux. Sa terreur se dissipait sitôt qu’il reconnaissait l’un des miroirs de la maison. Son orgueil prenait alors le pas. S’il arrivait à se faire peur tout seul, il jubilait par avance de l’effet de son déguisement sur les autres. En attendant dix-sept heures, il se frottait les mains. Enfin, les gants sur lesquels étaient représentés les os de sa main.

« Pour que vive notre beau quartier, le comité organise une déambulation pour Halloween. Afin de respecter cette tradition, nous invitons les habitants à se munir de confiseries à offrir aux enfants venant sonner chez eux. Si vous voulez participez, placez une citrouille à votre porte. Merci de votre engagement dans la vie du quartier. »

Tradition ! Ce mot restait en travers de sa gorge. Cette fête idiote pour effrayer les crédules venue tout droit des Etats-Unis n’était pas, ne sera jamais une tradition. La fête de tous les saints, le premier novembre, oui. La fête des morts, le deux, oui. Halloween, jamais ! Célébrer les grands personnages de la chrétienté qui ont œuvré pour la gloire de Dieu et le salut des âmes pècheresses, évidemment ! Traverser les cimetières pour fleurir les tombes des êtres chers, mais hélas tous disparu, pour rendre hommage à leur mémoire, évidemment ! Faire grimacer des citrouilles, se grimer pour faire rire à défaut de faire peur, se couvrir des oripeaux de sorcières ou de monstres, certainement pas. Halloween ? Un sacrilège ! De voir les enfants du quartier joyeusement gambader de maison en maison, à s’imaginer leurs rires gais et leurs grimaces pour obtenir de ces confiseries si mauvaises pour leurs dents, Théophraste ne le supportait plus. Depuis cinq ans qu’elle durait, il en avait soupé de cette mascarade. Lui qui longtemps hésita entre l’aube et la robe et qui, par fidélité paternelle, pour inscrire une génération supplémentaire dans le cursus honorum familial, oublia le séminaire et entra en faculté de droit. Lui qui préféra sa vie entière le devoir plutôt que le plaisir, de voir toutes ces brebis égarées par la négligence de leur parents et l’abrutissement des écrans, ç’en était trop.   

Les chiffres sur la box bougèrent. Dix-sept heures arriva. Robin bondit du canapé. Sa mère était déjà dans le vestibule, un sac plastique à la main.

— Tu peux y aller mon terrifiant petit démon.

— J’suis pas un démon, j’suis un squelette.

Elle lui sourit. Il lui prit le sac et fila dehors. A deux maisons de là, il repéra ses copains et courut les rejoindre. Déguisée en sorcière, chapeau noir pointu et tordu, un affreux poireau accroché à son nez crochu et balai entre les jambes, Suzie était hideuse. A ses côtés, complétement à côté de la plaque, Georges portait heaume et armure en carton.

— Enfin Georges, tu étais censé faire peur !

— M’en fiche ! Je suis un chevalier.

Les petits n’y connaissent rien, s’atterra intérieurement Robin. Pourtant il était sûr que lui, à 5 ans, il n’était pas aussi bête que Georges. Décidément, il ne comprenait vraiment rien ce gamin. Il tourna la tête. Là-bas au coin de la rue, sa mère discutait avec d’autres. Il voulut lui faire signe mais elle ne le remarqua pas, plongée dans une grande conversation avec, justement, la mère de Georges.

— Bon, on y va les gars ? les pressa Suzie.

— T’as raison. Allons-y !

Au milieu de la rue se dressait une grande maison de briques rouges. Ses toits, car oui, elle avait plusieurs toits, étaient tout en pentes raides, noires d’ardoises. Ses fenêtres étaient hautes et étroites, sombres en cette fin d’après-midi, quand la nuit se disputait avec le jour. Robin frissonna. Elle était carrément sinistre. Sur le pas de la porte, une grimace terrible donnait une vilaine allure à la citrouille. La bâtisse était digne d’une maison hantée. Parfait pour Halloween ! Robin prit les devants et mena sa troupe jusque devant la porte noire, brillante. Il sonna. Le sifflement bref et impérieux de la sonnette se répercuta longtemps à l’intérieur, comme s’il rebondissait contre les murs innombrables d’un labyrinthe. Une minute passa. Enfin, la porte s’ouvrit. Robin s’apprêtait à lancer la phrase rituelle mais elle resta coincée dans sa gorge.

Devant lui, un vieil homme tout en hauteur, sa tête si loin vers le plafond que tout son corps en était étiré. Sous ses vêtements trop amples, coupés à la mode d’une époque révolue et aux couleurs passées, on devinait la forme émacié de ses membres. La peau de ses mains était couverte de tâches de vieillesse et collait affreusement à ses phalanges. Son visage n’était que creux, ourlé de milliers de rides plus profondes que les douves d’un château fort. Derrière les verres épais de ses lunettes, deux yeux comme des fentes d’où s’échappait un regard bleu, glacial.

— On mange ou on se venge ? lança Suzie d’une voix de grumeleuse.

— Mangez mes agneaux, répondit le vieillard d’une voix étonnamment limpide en tendant un saladier débordant de bonbons multicolores.

Robin, les yeux écarquillés, oublia sa frayeur et plongea sa main dans le trésor. Il s’octroya une poignée généreuse qu’il fourra dans son sac, sans oublier de se jeter deux bonbecs dans le gosier au passage.

— Merci monsieur, psalmodièrent en un chœur extatique les trois copains.

—Joyeux Halloween les enfants.

Robin ne vit pas le sourire énigmatique du vieux monsieur. Déjà filait-il vers la porte d’à côté.

— Que faites-vous Théophraste ?

— Je catéchise Joséphine. Je catéchise.

Dès neuf heures du matin, il se mit au travail. Sur la table de la cuisine, une citrouille bien orange et tout un tas d’outils. Il lui fallut toute la matinée pour ôter à cette courge son air débonnaire et lui donner un aspect redoutable. Il éprouva les pires difficultés pour retirer la pulpe sans percer la chair, pour dessiner cette bouche affreuse et ces yeux accusateurs. « L’œil était dans la tombe et regardait Caïn ». Ce bête légume serait la bonne conscience posée sur ces enfants tombés dans le péché, une véritable gargouille édifiant leurs cœurs pour leur faire retrouver le droit chemin.  Il plaça en son centre une bougie qu’il allumerait le soir.  Après le déjeuner, que lui et sa femme prirent en regardant les informations, il déposa la citrouille sur le pas de sa porte. Il remarqua à ce moment qu’une vingtaine d’entre elles peuplaient déjà la rue. 

Après sa sieste, il passa à l’épicerie tout à côté. Il dévalisa littéralement la boutique de tout ce qui pouvait ressembler de près ou de loin à une confiserie.

— Vous préparez Halloween ? s’étonna Martin, le gérant.

— Tout à fait. Après tout, ce ne sont que des enfants.

Car Théophraste avait chevillée au cœur la charité. Il n’oubliait pas l’importance du pardon, de l’indulgence, afin de répandre la sainte parole. Lorsqu’un de ses semblables tombaient dans le péché, il savait qu’il devait être patient pour lui faire retrouver raison. Seulement, à 86 ans, il ne pouvait plus se permettre la patience. Aujourd’hui, il agirait de manière plus… expéditive. La bienveillance toujours à l’esprit, le désir  toujours aussi intense de partager la grâce avec autrui, mais vite !

De retour chez lui, il alla dans la cuisine. Il sortit d’un placard un saladier, un mortier et un pilon. Les uns après les autres, il vida les sachets de crocodiles, de langues piquantes, de lassos et autres schtroumpfs dans l’immense réceptacle. Il passa ensuite à la salle de bain et remercia Dieu de faire de la vieillesse la mère de tous les maux. Du grand placard à droite du lavabo, il sortit une boîte puis retourna dans la cuisine. Il en tira une plaquette de pilules blanches et fit tomber les douze qu’elle contenait dans le mortier. Consciencieusement, il les broya avec le pilon jusqu’à obtenir une poudre fine et blanche. De loin, on aurait pu croire à de la farine, ou du sucre glace. Il vida le tout dans le saladier et des deux mains mélangea énergiquement. Rapidement, la poudre fut absorbée par les sucreries. Sa mixture fin prête, Théophraste se lava minutieusement les mains. Il les essuyait quand résonna la sonnette. Aussi vite que lui permettaient ses vieilles jambes, il prit le saladier et s’en alla vers la porte. Sur la table de la cuisine ne restait plus qu’une boite vide. En lettres noires sur le carton blanc : bisacodyl, 10 mg.

Passion

Son amour naquit telles les trompettes de la guerre, claires et fortes au-dessus du champ de bataille, et il crût comme leur absurdité meurtrière faisait tombée par bataillons entiers les hommes venus les entendre. D’ailleurs, son amour avait les mêmes qualités que le combat : violent et dévastateur.

Il s’était entiché d’une succube, la plus perfide maîtresse des plaisirs humains. Il se délectait chaque soir de tomber dans ses bras séducteurs tandis que ses baisers et caresses le laissaient abruti, l’âme vidée et le corps éreinté. Il aimait tous ses aspects : ses parfums envoûtant ; l’éclat de ses regards ; le feu de leurs étreintes et leur souvenir, toujours nimbés de l’incertitude des passions vécues avec trop de force ; la brûlure au creux de son estomac chaque fois qu’une obligation l’éloignait d’elle. Il acceptait tout. D’ailleurs, pour ne jamais l’oublier, il la portait contre son cœur, cajolée par la chaleur du désir qu’il ne cessait de lui vouer. Parfois, ne pouvant plus y tenir, il se plaisait à l’embrasser, même en public. Qu’il passe pour un fou ! Les hommes sont jaloux.

Cet amour lui dévorait l’âme et le corps, le consumait des lèvres aux talons. Tout en lui était tourné vers elle, vers son plaisir destructeur. Il lui promettait sans cesse : jamais il ne la quitterait et elle, compagne possessive, savait y faire pour qu’il ne tienne sa promesse. Ç’en était presque devenu un jeu. Dès qu’il esquissait la moindre rupture, elle s’empressait de se faire enjôleuse et surtout, de lui promettre mille plaisirs plus enivrants les uns que les autres. Il se rebiffait. L’honneur, l’orgueil, la fierté, tout était balayé lorsque leurs lèvres s’unissaient à nouveau. Un baiser d’elle sonnait le glas de ses pathétiques velléités de célibat. Comme après chacun de ces moments, quand la tension devenait extrême,  la passion n’en était que plus violente, plus vive, plus forte.

Il aimait par-dessus tout l’abandon qu’elle lui offrait. Lorsqu’il était avec elle, lové dans ses vapeurs doucereuses, plus rien n’avait d’importance que d’être ensemble. Elle l’emplissait de la satisfaction du béat, couchait sur son âme l’innocence du rêveur. Pour lui, il y avait presque de la religiosité dans leur relation. Une fusion quasi sacrée. Si fusionnel d’ailleurs qu’elle fut la seule à ne pas le quitter quand tout devint compliqué dans sa vie.

Ses amis, jaloux, ne cessaient de l’implorer :

— Quitte-là ! le suppliaient-ils. Elle ne t’apportera que des malheurs comme à tous ceux qui sont déjà tombés sous sa coupe.

— Fadaises ! leur rétorquait-il. Vous ne pouvez pas comprendre. Ignorants ! Mesquins !

Il s’enfuyait alors sous leurs yeux tantôt accusateurs, tantôt apitoyés. Leurs regards lui vrillaient l’âme jusqu’à ce qu’elle le réconforte par le pouvoir de sa seule nature, de la douceur qu’elle propageait en lui. Terriblement las d’entendre tous ces saints d’opérettes le sermonner, ses amis se disaient-il pourtant ! il finit par ne plus les voir.

Au travail, ils estimèrent qu’ils ne pouvaient plus tenir son poste.

— Tu comprends Pascal, avait commencé son chef d’équipe, on ne peut plus te garder. Tu n’es plus à ce que tu fais, tu sembles… ailleurs. Te faire travailler sur les chantiers devient dangereux pour toi et le reste de l’équipe. Je suis contraint de me séparer de toi.

Il agonit son chef, créa mille mots blessants pour lui signifier sa haine, sa hargne. Il le méprisa pour son incompréhension, son manque d’humanité. Ne comprenait-il pas qu’on ne pouvait se partager ? Lorsque la passion s’emparait d’un homme, il ne pouvait qu’y plonger corps et âme, quitte à se consumer ? L’autre n’avait su que croiser les bras et secouer la tête. Il insista.

— Arrête là, lui intima son chef d’équipe en lui tendant son chèque et sa lettre de licenciement.

— Allez tous au diable ! s’emporta-t-il en quittant l’atelier.

Il l’avait elle et pour lui seul. Rien d’autre ne comptait plus. Jamais elle ne le jugeait, ne lui demandait des comptes. Elle l’acceptait tout entier. Et c‘est tout entier qu’il se jeta dans ses bras ce soir-là, le soir d’après, puis les jours qui suivirent.

Plus personne n’entendit parler de Pascal. Lorsque l’huissier vint pour saisir les meubles suite aux nombreux loyers impayés, il était déjà loin. Il avait fui avec elle ce monde qui ne le comprenait pas, et que lui-même avait fini par ne plus comprendre. Il s’était simplement mis hors-circuit. Il était sorti de cette société qu’il haïssait car, selon lui, elle-même le haïssait. Il abhorrait cette humanité où les amours hors normes n’avaient pas leur place sauf sur le bûcher des regards bien-pensants. Il était allé poursuivre son idylle dévorante ailleurs, à un endroit où elle n’intéressait plus personne.

A la sortie du supermarché, la bonté de quelques âmes charitables lui permettait d’encore vivre sa passion. Et lorsque retentissait à ses pieds le cliquetis magique d’une pièce de monnaie jetée à la volée, il ne disait autre chose que :

— A votre santé !